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Bouquet de mélodies anglaises avec Carolyn Sampson et Joseph Middleton

Passionnant programme, servi par des interprètes convaincus et engagés. Un des meilleurs disques de .

Les mélodies anglaises sont trop peu connues en France. Éclipsées par les très riches traditions du lied allemand et de la mélodie française, les compositions des musiciens anglais souffrent parfois d’étiquettes peu flatteuses : trop folkloriques pour certaines, trop salonnardes pour d’autres. Les grands cycles avec orchestre de ont néanmoins trouvé grâce aux yeux du public. De même, certaines mélodies de , ou Roger Quilter ont échappé, grâce aux récitals de chanteurs comme Kathleen Ferrier, Felicity Lott, Ian Bostridge et quelques autres, à l’anathème auquel elles semblent avoir été vouées de ce coté de la Manche.

Le bel album de et de devrait remettre les choses en place. Intitulé « The Contrast : English Poetry in Song », il rend tout d’abord hommage à la qualité des textes mis en musique : Shakespeare, Jonson, Blake, Wordsworth, Shelly, Tennyson, Rossetti, Larkin côtoient des figures poétiques de moindre importance, mais qui n’en ont pas moins inspiré de très belles pages. Le terme « contraste » est emprunté au titre d’une mélodie de laquelle dépeint, sur le ton de l’humour et de l’ironie, la différence entre l’ennui que suscite une vie à la campagne et l’excitation perpétuelle que produit une ville comme Londres. L’opposition « ville/campagne » nourrit d’ailleurs une grande partie d’un programme qui couvre, de Ralph Vaughan William à , plus d’un siècle de production de mélodies. Le premier enregistrement mondial que constitue le cycle de Watkins, jeune compositeur né en 1976, alterne avec les tubes confirmés que sont « Silent Noon » de Vaughan Williams, « Fair House of Joy » de Quilter ou le célébrissime « Come to me in my Dreams » de – le professeur de Britten – autrefois chanté par pour le plus grand bonheur du public anglais. Le programme démarre et s’achève par des « songs » de parmi lesquelles l’auditeur averti reconnaîtra des pages autrefois chantées par Heather Harper, Felicity Lott ou Kiri Te Kanawa.

Avec son soprano limpide et cristallin, Carolyn Sampson a parfois du mal à tenir la comparaison avec certaines de ses devancières, généralement dotées de moyens plus conséquents. Sa diction quelquefois brouillonne ne saurait se mesurer à la clarté d’élocution qui caractérisait il y a quelques années les interprétations de Felicity Lott. Cette dernière savait également davantage colorer ces pages, surtout lorsqu’il s’agissait de leur insuffler l’humour appelé par les textes. On notera toutefois l’engagement total de la jeune soprano, qui nous livre ici un de ses meilleurs enregistrements et, pour les pages plus les plus intériorisées, nous gratifier de magnifiques demi-teintes. C’est surtout lorsqu’il s’agit de faire preuve d’un peu de puissance vocale que l’instrument montre ses limites (« Love went a-riding », notamment).

Extrêmement virtuose, le piano de a peut-être tendance à couvrir la voix dans les moments de tension. Il se montre cependant de la plus grande sensibilité et d’un goût toujours très sûr, rendant entièrement justice à des pièces qui méritent assurément en France la reconnaissance et l’attention dont elles ont toujours bénéficié Outre-Manche.