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Du bel canto au vérisme italien, changement de cap pour Aleksandra Kurzak

Dans un programme éminemment éclectique, quoique fait d’extraits extrêmement connus, s’affirme comme une des meilleures sopranos de sa génération. Les prises de rôle, à n’en pas douter, ne manqueront pas dans les années à venir.

Ce récital solo viendra à point nommé pour rappeler à certains qu’avant de devenir la nouvelle Madame Alagna, avait déjà un nom et une carrière. Son premier CD, qui révélait déjà un talent de belcantiste confirmée, n’avait pas échappé à nos radars. En dix ans de temps, cette brillante lyrique colorature a gardé toute l’agilité qui caractérisait son chant en début de carrière, ainsi que la fraicheur et l’éclat de ses aigus et suraigus. Elle ne fait qu’une bouchée des redoutables vocalises du boléro d’Elena des Vêpres siciliennes, ou de celles de la cabalette d’Elvira dans Ernani. Les trilles de la Léonore du Trouvère ou de la Nedda de Paillasse sont un bonheur pour l’oreille et il faudra chercher loin dans le temps pour trouver, associés à ce répertoire, des phrasés aussi élégants et un bon goût aussi affirmé. Pour s’en convaincre, qu’on écoute ce « D’amor sull’ali rosee » de grande école, où la maîtrise belcantiste s’allie à des lignes souveraines, ou encore ce « Signore, ascolta » dont les filés jubilatoires sont assurément dignes des plus grandes.

La sélection opérée pour cet album atteste cependant l’évolution actuelle des moyens vocaux de la soprano polonaise. À l’image de la cantatrice du passé à qui elle semble à juste titre vouloir se comparer, Renata Scotto, la voix est désormais celle d’un vrai lyrique avec quelques possibilités à exploiter dans le registre spinto. Si Liu, Nedda et Adriana semblent être aujourd’hui dans les cordes d’Aleksandra Kurzak, sans doute serait-il plus prudent d’attendre encore quelques années avant d’aborder à la scène Tosca ou Butterfly, à supposer que de tels projets soient dans les tuyaux. Cerise sur le gâteau, une petite brochette d’airs d’opéras slaves pour rappeler les origines de notre soprano. En tchèque pour une romance à la lune de Dvořák d’une rare poésie, en russe pour une Tatiana frémissante, dans sa langue natale pour un extrait du Halka de Moniuszko qui donnera à beaucoup l’envie de découvrir l’opéra dans sa totalité. L’accompagnement de l’ de Vienne, placé sous la direction de , n’est pas révolutionnaire, mais il est efficace, discret et de bon goût. Une belle carte de visite pour une des plus intéressantes et prometteuses sopranos de sa génération.