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Augustin Hadelich à la recherche de l’esprit bohémien

, la star montante du violon, signe son troisième disque chez Warner Classics pour notre plus grande joie.

Dès les premières notes du Concerto pour violon et orchestre en la mineur d’, composé en 1879 pour Joseph Joachim, démontre sa capacité à chanter et sa perfection technique, perceptibles déjà dans les concertos de Mendelssohn et de Bartók enregistrés il y a cinq ans pour Avie. Dans les passages virtuoses, son jeu est viril, puissant, ardent et énergique. Par son vibrato enflammé, par l’articulation profonde comme par ses coups d’archet époustouflants de légèreté, une telle approche fait par instants penser à celle de Jascha Heifetz. Dans les fragments lyriques, Hadelich impressionne par la douceur empruntée à Fritz Kreisler, hypnotisante.

Aussi virtuose soit-il, le soliste respire et chante avec l’orchestre, entre autres dans la transition qui mène du premier au deuxième mouvement, où son violon se fond dans l’accompagnement, entouré par les cors et les bois. La phalange de Bavière dirigée par déploie des couleurs flamboyantes, mais déçoit par un manque de fluidité dans les extraits purement symphoniques.

Pour la musique de chambre, les interprétations proposées par Augustin Hadelich et combinent cohérence, poésie et brio, notamment dans les Pièces op. 17 de dont Burleska qui subjugue par un tempo vertigineux et l’agilité du violoniste, unis dans une véritable course à l’abîme. Pour les cantilènes, le mouvement – assez ample et irrégulier – s’imprègne de rubatos s’harmonisant avec la dramaturgie de ces pages. C’est dans cette atmosphère éthérée et apaisante que se développe la lecture du Larghetto en sol mineur extrait des Pièces romantiques op. 75 n° 4 de Dvořák, empreinte d’un ton plaintif, d’élégance et de nostalgie.

La Sonate pour violon et piano JW VII/7 de , écrite entre 1914 et 1922, renferme des moments poignants comme des rebondissements inattendus. Son exécution est expressive, mais moins brusque et frontale que celle donnée par Vadim Repin et Nikolai Lugansky. Augustin Hadelich et paraissent y chercher plus de teintes intermédiaires au travers du suspense dont cette œuvre se nourrit. Leur jeu révèle plus de chaleur et de finesse, contribuant à une plus grande variété d’ambiances. Aussi intense et rêveuse soit-elle, cette prestation s’avère passionnée et agitée, mais aurait peut-être supporté un peu plus de sensualité.

Deux morceaux de Dvořák clôturent ce récital : Quand ma vieille mère m’apprenait à chanter op. 55 n° 4 et l’Humoresque op. 101 n° 7, constituant une belle leçon d’interprétation à la fois réfléchie et sensible. Le violoniste séduit par son vibrato argenté, délicat, comme par ses sonorités raffinées et décantées, immatérielles, alors que le pianiste se fait remarquer par la subtilité du toucher.

Ce disque prouve qu’Augustin Hadelich est un artiste déjà accompli, associant forte personnalité, intelligence et musicalité.