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Un truculent Falstaff au Bayerische Staastsoper

Particulièrement attendue, cette nouvelle production du Falstaff de Verdi au Bayerische Staatsoper cumule les nouveautés, marquant les débuts de comme metteur en scène d’opéra et offrant à son premier « Pancione ».

On sait l’attachement de Verdi à son ultime opéra (1893) comme la tendresse particulière qui le liait au personnage de Falstaff, à la fois comique par ses outrances et sa démesure, et pathétique par son éternel statut de perdant. Cinéaste de formation, femme de théâtre reconnue, entre dans le monde de l’opéra par la grande porte avec cette mise en scène brillante, inspirée du cinéma italien, se nourrissant délibérément de la veine comique, sans connotation sociale ou politique, servie par une belle scénographie en trois tableaux (casino, appartement cossu, forêt enchantée stylisée) s’organisant sur un plateau tournant aux cloisons amovibles s’ouvrant simultanément sur plusieurs espaces. La circulation des personnages et les chorégraphies réglées avec précision, entretiennent l’effervescence générale sans perdre de leur lisibilité et chacun des participants affiche crânement une double casquette d’acteur-chanteur. Les costumes kitsch ou grotesques bien typés participent de la fête.

Parallèlement au déroulement de la farce, l’orchestre du Bayerische Staatsoper sous la baguette affûtée de , vit sa vie en toute indépendance dans un juste équilibre avec les chanteurs, mettant en avant une orchestration superbe déployant une féerie de timbres (harpe, bois et cors) qui atteindra son acmé à l’acte III dans l’ambiance mystérieuse de la forêt magique.

Vocalement, Verdi ne fournit pas aux chanteurs beaucoup de grain à moudre : pas de grands airs, mais une succession d’ensembles vocaux nécessitant une mise en place millimétrée, souvent chantés « a cappella » impliquant une distribution de haut vol. Il faut reconnaître que la réussite indiscutable de cette nouvelle production repose autant sur l’excellence des individualités que sur l’homogénéité de l’ensemble.

Dans le rôle-titre honore avec bravoure sa prise de rôle : le célèbre « Onore ! Ladri ! » de l’acte I dans le registre comique et l’émouvant « Ehi ! Taverniere ! » de l’acte III marquent l’étendue de ses compétences d’acteurs et de ses prouesses vocales : puissance d’émission, souplesse de la ligne, voix bien timbrée, riche en nuances avec de superbes piani dans l’aigu. en Alice Ford impressionne par sa stature vocale, arguant d’un large ambitus et d’un timbre sensuel, comme d’un abattement scénique irrésistible de drôlerie. campe une Nanetta séduisante par sa voix délicate et juvénile, son timbre lumineux et un souffle hors du commun qui illuminent son « Bocca baciata ». Elle forme avec le superbe Fenton de le seul contrepoint lyrique de la farce. prête son timbre de contralto à une Mrs Quickly très convaincante, tandis que (Ford) passe avec une facilité déconcertante du cocasse à la jalousie la plus furieuse. Le Pistola de , le Bardolfo de et le Dr Cajus de forment un trio aux allures de Pieds nickelés et complètent avantageusement ce casting. Malgré des interventions individuelles limitées, Daria Proszek (Meg Page) prend toute sa part dans les nombreux ensembles vocaux, Quatuor des commères papotantes ou Nonette du I, d’une admirable précision rythmique.

Si Verdi nous rappelle, avec Falstaff, que la vie est finalement une farce, celle-ci prend un goût bien amer au moment des saluts où tous les participants se présentent sur scène masqués devant la salle vide, tandis qu’une vidéo type « Zoom » chante le Final… nous ramenant de façon saisissante à notre triste et bien actuelle réalité.

Crédits photographiques : , , , ; Wolfgang Koch, © Bayerische Staatsoper 

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