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Bach Redemption mené par Anna Prohaska dans l’urgence sanitaire

Quelques mois seulement après son dernier enregistrement « Paradise lost », profite du confinement pour monter « à la va-vite » une programmation d’arias extraits des cantates du Cantor.

Les circonstances de cet enregistrement sont incompréhensibles. Benedikt von Bernstorff tente de les justifier vainement pour soi-disant accompagner chacun dans sa vie quotidienne face à la mort et au deuil que la pandémie actuelle nous impose… Et alors que la notice d’accompagnement de ce disque indique aussi que les artistes souhaitaient présenter « un aperçu du monde dans lequel vivaient les gens à l’époque baroque » où la préoccupation de la maladie et la mort était une réalité quotidienne, on se demande surtout pourquoi ces arias extraits de plusieurs cantates du Cantor ont été autant bâclés ?

nous a pourtant habitué à des concepts et des approches beaucoup plus réfléchis, entre « Behind the lines » évoquant les horreurs de la guerre, son concert « Shakespeare & Music » acclamé à Luxembourg, et son précédent opus « Paradise lost » traitant du traumatisme de la Chute originelle. Cet enregistrement a été mené dans l’urgence en juin dernier avec comme justifications les contraintes sanitaires, les musiciens s’affichant même sur la pochette, masqués et à bonne distanciation physique. L’orchestration restreinte des cantates est celle de Bach, mais les quatre chœurs chantés par un quatuor de solistes et les cinq chorals menés en version instrumentale ne peuvent que décevoir. Alors quand l’aria Bete aber auch dabei BWV 115 sonne comme un air de jazz avec saxophone et percussions dans la dernière piste cachée de l’album, on ne comprend plus la démarche entreprise.

Dans l’ensemble, la soprano aborde ces airs, majoritairement religieux, par un chant bien dépourvu de relief. L’uniformité de son émission et de sa diction soutient une interprétation fade qui semble si lointaine des détresses et des doutes qu’elle souhaite pourtant véhiculer afin de réconforter l’auditeur en ces temps de crise, suscitant finalement un ennui certain au fur et à mesure de cette vingtaine de propositions. Liebster Gott, erbarme dich BWV 179 est si peu expressif par ce chant quelque peu maniéré paraissant finalement hors de propos, avec des aigus stridents. Weichet nur, betrübt schatten BWV 202 présente une interprétation heureusement plus sobre accompagnée par la subtilité sonore des instrumentistes.

Sous la direction de , l’effectif restreint du sait affirmer un son velouté et un discours serein dans une atmosphère intimiste qui aurait pu séduire sans les nombreuses déceptions qui les entourent. Après plusieurs écoutes de ce projet discographique, on ne cerne toujours pas le propos et ce qui en justifiait l’urgence…

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