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Eva Zaïcik et Le Consort illuminent un florilège d’airs d’opéra de Haendel

L’association des meilleurs interprètes de la jeune génération baroque autour d’ revisite les airs d’opéra italien pour notre plus grand plaisir.

La vie musicale londonienne des années 1720 est entièrement vouée à l’Italie, et le grand ordonnateur en est , très influencé par ses années romaines. Nommé à la tête de l’Académie Royale de Musique, il fait venir à Londres les meilleurs chanteurs italiens. La concurrence est rude avec les compositeurs ultramontains que la mode des opéras attire dans la capitale anglaise. Le présent enregistrement propose, en première mondiale, trois airs empruntés à des opéras d’Ariosti et de Bononcini, au milieu d’un grand choix d’airs de Haendel. Extrait du Coriolano d’Ariosti, l’air Sagri numi est un grand moment d’émotion. Cependant, c’est Haendel qui remporte le match de la postérité en puisant son inspiration dans les influences croisées des styles italiens, allemands et français. La décennie de la première Académie Royale marque l’apogée de la carrière du « cher Saxon ».

Après un enregistrement très remarqué des cantates françaises chez le même label Alpha (« Venez chère ombre »), poursuit sa collaboration avec la jeune mezzo-soprano . Personnalité montante du paysage vocal français, celle qui fut en 2018 « Révélation artiste lyrique » aux Victoires de la musique et deuxième prix du Concours Reine Élisabeth, fait preuve ici d’une belle maîtrise de son art. L’intensité émotionnelle de sa voix est particulièrement remarquable et, à travers l’enregistrement, il nous semble entendre sa présence scénique. Les émotions du texte nous vont droit au cœur, véhiculées par une voix chatoyante au registre profond, douée d’une belle projection et d’une diction parfaite. Dans ce programme très bien construit, les moments de bravoure alternent avec les airs plus fervents, parfois introduits par un récitatif bienvenu.

Il faut dire que l’orchestre, emmené par le premier violon de , est somptueux ; tantôt véhément, tantôt implorant, toujours parfait dans l’alternance des affects. Dans l’air Deggio morire extrait de Siroe, après une introduction instrumentale implacable et un récitatif poignant, la voix dialogue avec les plaintes déchirantes du violon. Le sommet de l’émotion est atteint dans l’air Stille amare du Tolomeo où, après les chromatismes douloureux du récitatif, les violons donnent à entendre les gouttes amères dont parle le texte, qui tombent en une pluie de notes suspendues.

A l’écoute de ce récital, on rêve de voir bientôt Eva Zaïcik sur les scènes d’opéras dans ce répertoire qui lui va si bien.

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