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Concours Reine Élisabeth Voix 2018 : compte-rendu

Concours, La Scène

Bruxelles. Concours Reine Élisabeth Chant 2018.
Flagey. 1 et 2-V-2018. Demi-finales. Bozar. 10 au 12-V-2018. Finale. Avec : Samuel Hasselhorn, Eva Zaïcik, Ao Li, Rocío Pérez, Héloïse Mas, Marianne Croux, Germán Enrique Alcántara, Alex De Socio, Yuriy Hadzetskyy, Sooyeon Lee, Danylo Matviienko, Charlotte Wajnberg. Saténik Khourdoian, violon ; Orchestre Symphonique de la Monnaie, direction : Alain Altinoglu

Le jury de finale CMIREB 2018L’édition 2018 du Concours Musical International Reine Elisabeth (CMIREB) vient de s’achever (voir le palmarès complet). Fondé à l’initiative du violoniste et compositeur Belge Eugène Ysaÿe, avec le soutien de la Reine mélomane Élisabeth, le CMIREB fait alterner les compétitions dans un cycle de quatre ans : le violon, le piano, le violoncelle (c’est une nouveauté) et enfin, la voix.

Le calendrier, qui s’étale sur un mois pour les sessions instrumentales, était cette année resserré en deux semaines afin de s’adapter aux engagements des chanteurs lyriques. Le jury change de configuration pour chaque étape de la compétition, mais il comprend de grands noms de la scène lyrique, comme des chefs d’orchestre et des directeurs d’opéra (José van Dam, Christophe Rousset, Peter de Caluwe). Sa tâche n’aura pas été des plus simples. Pour la voix peut-être plus encore que pour les instruments, structurer un palmarès est chose périlleuse. Au-delà des aspects factuels et techniques, des personnalités variées et des différentes époques musicales, le jury doit également appréhender la grande variété des registres de voix, et les affinités de chaque chanteur pour l’opéra ou le récital.

Une pré-sélection des candidats a été effectuée sur la base d’un dossier et d’une vidéo examinés en janvier et février 2018. 64 candidats ont été sélectionnés sur 312 dossiers. 55 chanteurs ont effectivement concouru pour la première épreuve. Ils étaient invités à présenter, au Studio 4 de Flagey les 1er et 2 mai, deux morceaux au choix dans une langue différente avec un accompagnement au piano. Leur ordre de passage était tiré au sort. Ce fut un moment dense et difficile pour les candidats, qui doivent convaincre en très peu de temps (une dizaine de minutes !), mais également pour le jury qui doit arrêter des choix rapides en quatre séances.

Les demi-finales se sont déroulées les 4 et 5 mai à Flagey. Les règles du jeu sont différentes : chaque candidat doit proposer deux programmes de récital d’environ 20 minutes, dans lesquels ne doivent pas figurer davantage que deux œuvres d’un même compositeur. Le jury a sélectionné l’un des deux programmes. Les candidats sont accompagnés de l’un des pianistes officiels du concours ou du pianiste de leur choix. La plupart d’entre eux ont opté pour des pièces d’époques et de langues différentes. Voilà encore une des caractéristiques de l’édition internationale « Voix » : la diction dans les langues étrangères. Les candidats doivent opérer des choix stratégiques et arbitrer entre leur désir de montrer leurs capacités dans de nombreux idiomes, et la qualité de leur diction et de leur articulation dans ces langues (cela nous a valu de belles surprises : on se souviendra d’ dans la langue de Bizet !). Dure loi des concours : on a vu disparaître à cette occasion bien des candidats que l’on aurait souhaité entendre davantage, comme Fabien Hyon, Ian Mc Nail, Veronica Park, Park Irina Jae-Eun…

Les finales, enfin, se sont tenues du 10 au 12 mai dans la Salle Henri Leboeuf à Bozar. Les candidats composent leur programme en choisissant trois à six pièces parmi une liste de pièces de répertoires. Cette année, c’est l’ dirigé par et secondé par la violoniste Saténik Khourdoian qui, réactive et attentive, a brillamment accompagné les candidats, tous n’ayant pas forcément l’habitude du travail avec l’orchestre. Certains solos de musiciens ou de la koncertmeister (le très beau dialogue échangé avec dans « Erbarme dich mein Gott » de la Passion selon saint Matthieu de Bach) nous auront régalés.

À l’issue de la dernière soirée de finale, le palmarès a été dévoilé. Il est le fruit d’une collection des points décernés par chacun des jurés, sans délibération.

@samuelhasselhorn.com

Le baryton allemand , âgé de 27 ans, remporte le Premier Prix du Concours. Son niveau de performance a été constant et solide durant tout le concours : extrêmement impressionnant à chaque étape, sa prestation en finale n’a pas laissé de doute quant à sa présence dans le palmarès final. Tout semble réuni chez ce chanteur à la voix amplement projetée, au timbre chaleureux. Son legato a fait merveille dans des lieder et mélodies, appréhendés et restitués dans toutes leurs nuances et leur beauté. Le programme, composé de façon très fine, est servi par une présence en scène aussi puissante que sobre. Il nous a d’ailleurs lui-même fait part de ses impressions à l’issue du concours.

C’est la mezzo-soprano française , 30 ans, qui remporte le Deuxième Prix. La jeune chanteuse a développé un univers très personnel en privilégiant des interprétations très habitées, avec de belles recherches dans les medium, tout en signalant intelligemment ses capacités vocales dans des airs plus démonstratifs comme le « Cruda sorte-Qua ci vuol disinvoltura » qui clôture son programme de finale. , basse chinoise de 30 ans, remporte le Troisième Prix. Il faisait également partie de nos coups de cœur. Ne ménageant pas ses moyens techniques ni scéniques, il nous aura toujours surpris et touchés. Le Quatrième Prix revient à Rocio Pérez, soprano colorature. La jeune espagnole avait fait le choix un peu téméraire de débuter son programme de finale relativement court avec le Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen de la Reine de la Nuit, dans la Flûte enchantée de Mozart. Le Cinquième Prix revient à , mezzo-soprano française, qui aurait tout aussi bien pu être placée plus haut dans le palmarès. Pianiste et organiste, elle a fait la démonstration de vrais talents opératiques. Nul doute que sa carrière déjà bien active est promise à de beaux jours. Enfin, c’est à , chère au cœur du public que revient le Sixième Prix. La soprano franco-belge a déjà travaillé avec .

Les six autres lauréats ne sont pas classés. À un tel niveau de qualité, on présume que les classements ont dû se faire dans un mouchoir de poche. On retrouve par exemple , baryton américain de 30 ans, très virtuose, et que certains auraient bien vu figurer plus haut dans le classement. Il paye peut-être une prestation finale à l’exubérance assumée, mais clivante.

Le parcours des lauréats n’est pas terminé, car les candidats se produiront à présent lors de différents concerts et récitals. Le règlement du Concours 2019 consacré au violon est quant à lui déjà disponible.

Crédits photographiques : photos 1 et 2 © Émilie Vanderhulst ; Photo 3 © samuelhasselhorn.com

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  • Michel LONCIN

    Samuel Hasselhorn … le futur « nouveau » Fisher Dieskau !!!

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