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Le Memento mori de Café Zimmermann

Le sentiment de la fragilité de la vie terrestre est une constante au XVIIème siècle et irrigue tous les arts. On lui doit les plus belles pages du répertoire musical, particulièrement dans les pays germaniques. Ce sont elles que nous proposent ici l’ensemble et le contre-ténor .

délaisse un instant J.S. Bach et le répertoire du XVIIIème siècle pour un voyage en mélancolie baroque au siècle précédent. Ces musiques de déploration font alterner pièces instrumentales et motets, et sont toutes empreintes d’une émotion sereine, reflet de la confiance du chrétien face à la mort. Le programme s’ouvre par une Serenata de , qui marquait la fin de la période du carnaval à Vienne, et qui emprunte son exubérance à la musique populaire. Intitulée « Plaintive sonnerie de cloches sur la mort de Saint Carnaval », on y entend l’imitation des cloches par les cordes, comme dans le Lamento sopra la morte de Ferdinandi III du même compositeur, où sonne le glas. L’introduction de cette Lamentation est un sommet d’intensité dramatique.

tient une grande place dans ce programme ; le premier motet O Dulcis Jesu lui est attribué à cause de la virtuosité de l’écriture du premier violon, accordé en scordatura selon un procédé cher à Biber. Du même compositeur, la suite instrumentale tirée de la Mensa sonora se termine par une superbe chaconne introduite par le seul théorbe.

Les trois autres motets au centre de ce programme sont des sommets de l’expressivité baroque. On entend là deux représentants de la famille Bach: Johann Michael (père de Maria Barbara, l’épouse de Johann Sebastian) et son frère Johann Christoph, le plus estimé des précurseurs du Cantor. Son motet Ach, dass ich Wassers gnug hätte est l’acmé de ce programme riche en émotion. Quant au motet Was betrübst du dich de , sa conclusion en pianissimo est un autre grand moment. Deux pièces instrumentales de prennent une juste place dans ce programme intense: une toccata que l’on entend habituellement au clavecin est ici jouée à l’orgue par , et un ricercare transcrit pour les cordes. Enfin, l’enregistrement se termine par la grande passacaille pour violon solo qui conclut les Sonates du Rosaire de Biber, autre sommet de l’émotion baroque, où le violon de Pablo Valetti déroule ses volutes sur l’ostinato d’un simple tétracorde descendant.

Il est des moments où les mots peinent à rendre l’intensité des affects. Tout est sublime dans cet enregistrement. La voix souple de sert parfaitement le texte des concerts spirituels proposés ici. Quant à l’ensemble instrumental, encadré par le violon de Pablo Valetti et l’orgue de , il s’accorde à merveille à rendre toute la palette des sentiments que transmettent ces musiques éternelles.

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