- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Le cercle des poètes de Königsberg par le Hathor Consort et Dorothee Mields

Au temps de la terrible Guerre de Trente Ans, un groupe d’artistes, poètes et musiciens, se réunissent dans la « cabane aux citrouilles » de l’organiste et compositeur .

Königsberg, aujourd’hui Kaliningrad, est épargnée, de par son éloignement géographique, des tourments belliqueux qui désolent l’Allemagne de la première moitié du 17ème siècle. Le programme artistique des amis du « jardin de la paix » témoigne d’une conscience aiguë de la fugacité de la vie, en une époque où la mort est omniprésente. Ce cercle amical donna naissance à un corpus de chansons où , cousin et élève de Schütz, met en musique de courts poèmes comme autant de réflexions sur les vertus et la piété de l’homme. Ces petits tableaux sont présentés ici à côté de motets plus développés composés par de célèbres contemporains (Scheidt, Hammerschmidt, Schein et Schütz) et de pièces instrumentales.

La première partie est une évocation de la guerre, avec la Galliard battaglia de Scheidt qui ouvre ce programme à grand renfort de cornet et de fanfares virtuoses. La deuxième partie nous parle de l’aspiration à la paix et de la fugacité de la vie, et elle culmine avec le motet à neuf voix de , Unser Leben ist ein Schatten (Notre vie est une ombre). Dans cette pièce d’une admirable intensité, huit des neuf parties vocales sont tenues par les instruments, cependant que la soprano seule nous livre le message du salut chrétien. La troisième partie fait la part belle au retour de la joie en temps de paix, avec des airs de mariage d’Albert et des danses instrumentales d’Hammerschmidt. Elle se termine par une touchante chanson d’amour d’Albert (Mein liebstes Seelchen), où la voix toute en délicatesse de est accompagnée par la harpe seule. Revient ensuite une évocation des tristes conséquences de la guerre, avec des airs funèbres d’Albert et le très poignant motet de Schein Ruh Begräbniss der kleinen Kinderlein (La mise au tombeau des petits enfants) qu’il écrivit pour la mort de son propre fils. Puis c’est enfin la jubilation de la fin de la guerre, fêtée en apothéose par le motet de Jauchzendes Friedensbeschlusslied (Chant de paix jubilatoire).

Le de , déjà remarqué dans un récent enregistrement avec le Pluto-Ensemble, nous offre ici une belle démonstration de leurs qualités expressives. Le cornet de et le violon de portent haut les couleurs de ce répertoire riche en contrastes. Le programme est admirablement construit et dépeint au plus juste le Memento mori baroque. L’ultime motet de Schein qui sert de conclusion est une mise en musique du Psaume 90 qui dit la confiance du chrétien face aux tourments de la vie terrestre, en un dialogue entre la voix, le violon et le cornet. Tout au long de ce programme, la voix sensible et parfaitement timbrée de fait merveille et nous entraîne à sa suite dans un répertoire qui parle au cœur.

(Visited 159 times, 1 visits today)