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Deuxième version de Fidelio en DVD vue par Christoph Waltz

Une mise en scène de un peu écrasée par un imposant décor, mais une distribution tout à fait convaincante pour ce qui est en réalité la deuxième mouture de l’opéra de Beethoven Leonore.

L’ouvrage présenté ici sous le titre de Fidelio (version 1806) est en réalité la deuxième mouture de l’opéra généralement connu sous le nom de Leonore, oder Der Triumph der ehelichen Liebe, cette œuvre créée au Theater an der Wien en 1805 puis reprise dès l’année suivante dans une version raccourcie et comprimée en deux actes. C’est cette mouture, qui annonce peu ou prou la version finale tout en affichant une écriture vocale encore marquée par la tradition belcantiste, qui sert de base à la captation filmique proposée ici, tournée dans le théâtre qui avait vu en 1805 la création de Leonore. L’année 2020, qui devait célébrer triomphalement le deux-cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Beethoven, aurait dû voir dans la ville de Vienne la production des trois versions de l’unique opéra du grand compositeur. Le coronavirus, hélas, en aura voulu autrement.

C’est donc sans public qu’a été filmée la mise en scène de , logée dans l’impressionnant décor de Barkow Leibinger dont nos colonnes louaient déjà, à l’occasion de la retransmission télévisée de l’opéra, la glaciale et imposante beauté. Nous ne pouvons que confirmer ici le manque d’imagination d’une direction d’acteurs réduite à sa plus simple expression, mais dont on nous dit dans le texte de présentation du DVD qu’elle est censée illustrer une conception cinématographique de l’œuvre. Peut-être davantage de gros plans, ainsi qu’un décor moins écrasant et étouffant, auraient-ils permis de mieux créer le climat dramatique propre à cette œuvre qui, il faut bien le dire, fait cruellement défaut ici.

Le spectateur pourra cependant se consoler avec la belle prestation musicale, même si le marché du DVD est riche d’interprétations vocales plus marquantes que celles proposées ici. et n’en forment pas moins un couple central plutôt convaincant, la dernière parvenant à réconcilier l’héroïsme vocal exigé par son rôle avec une écriture bien plus lyrique que celle de la version bien connue de 1814. Leur duo « O namenlose Freude » du deuxième acte, bien plus développé que dans la version finale, en est la preuve indubitable. La soprano fait elle aussi belle figure en Marzelline, même si ses inflexions galliques dans le dialogue parlé traduisent ses origines françaises. est à ses côtés un Jaquino moins benêt et moins mièvre, presque menaçant, que tous ceux qu’on entend d’habitude. Des trois voix graves, on préfèrera la basse riche et souple de en Rocco, aux accents plus caverneux du baryton en Pizzaro, le Fernando de n’ayant pas vraiment l’occasion de s’imposer.

On trouvera sur d’autres DVD la prestation de l’autre grande phalange viennoise, mais les livrent, sous la baguette précise et aiguisée du chef , une lecture juste et cohérente de l’œuvre. Le chœur Arnold Schoenberg est un grand luxe dans cette partition particulièrement exigeante que l’on a tant plaisir à réentendre au fil des ans, et qui fait regretter amèrement toutes les productions du chef d’œuvre de Beethoven qui ont été annulées ces derniers mois.

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