- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Second récital de Lise Davidsen pour Decca

Propulsée sur la scène internationale il y a seulement cinq ans, signe son deuxième récital pour Decca et ajoute cette fois l’italien à l’allemand.

Victorieuse du concours Operalia en 2015, a depuis connu une carrière fulgurante, à l’image de sa voix, d’une ampleur qu’on ne rencontre que quelques fois par siècle. Ariadne à Glyndebourne en 2017, la straussienne devient rapidement wagnérienne et apparaît dès 2019 sur la scène de Bayreuth.

Après un premier album pour Decca, où Strauss et Wagner lui permettait une carte de visite dans laquelle on regrettait toutefois une prononciation peu précise et une direction peu propice, la soprano revient avec déjà plus de maturité dans ce second récital et un bien meilleur soutien orchestral. Elle oublie cette fois Strauss pour ne garder que Wagner, dans des Wesendonck Lieder qui démontrent maintenant un travail approfondi sur le texte. Il manque encore cette émotion que savent y mettre les plus grandes, mais l’artiste n’a que trente-quatre ans, et si sa voix ne s’abîme pas, on sait déjà qu’elle sera la plus grande Brünnhilde et Isolde des décennies à venir. Der Engel est à présent presque parfaitement compréhensible, accompagné sans trop d’excès d’émotivité par Sir dirigeant le , dans un traitement fin des lumières de la partition orchestrée par Felix Mottl. Im Treibhaus et ses accents tristanesques montrent qu’il faudra encore travailler pour émouvoir autant que Nilsson ou Stemme dans les grands moments d’Isolde, mais la voix parfaitement placée étale à présent une subtilité de moirures qui ne demandent qu’à exploser dans les forte, à l’image du Schmerzen d’une impressionnante facilité.

Si l’on peut trouver plus de profondeur d’intonation chez Christa Ludwig ou Julia Varady dans le cycle wagnérien, l’extrait de Fidelio en ouverture d’album présente la plus belle héroïne beethovénienne du moment, déjà entendue dans l’opéra intégral en live à Covent Garden en mars 2019. L’accompagnement impeccable s’appuie sur un orchestre supérieur à celui du Philharmonia du précédent récital, particulièrement par ses vents, en plus de cordes parfaitement mesurées. Ah perfido! permet à Lise Davidsen de monter dans l’aigu, avec un timbre toutefois bien plus sombre que celui de Schwarzkopf et plus récemment Chen Reiss. L’italien de Beethoven garde une tonalité teutonne qui permet une belle transition avant la Medea de Cherubini, plus à risque sur l’air Dei tuoi figli la madre pour lequel la soprano développe cependant une intelligente recherche d’agilité, en plus de vives explosions (2’) ! On lui préfèrera la noirceur et la superbe profondeur du Voi lo sapete mascagnien (Cavalleria rusticana), là encore très bien accompagnée par l’orchestre, et par Rosalind Plowright pour offrir la réplique.

Verdi complète cet album en recherche de nouveaux horizons avec un Pace, pace mio Dio (La forza del destino) brillant de clarté dans le haut du spectre, affublé de somptueux aigus filés (4’). Puis l’Ave Maria de Desdemona (Otello) conclut ce récital aux multiples qualités, qui démontre déjà l’évolution de la chanteuse après seulement quelques années et ouvre de nombreuses perspectives quant à ses futures prises de rôles.

(Visited 217 times, 1 visits today)