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Pom, Pom, Pom, Poooom, Hélios Azoulay fait encore des siennes…

Comme à son habitude, le jeune festival Pom, Pom, Pom, Poooom, à Saint Martin de Boscherville dans les boucles de la Seine normande, affiche un programme résolument éclectique, à l’image de son directeur artistique, le clarinettiste Hélios Azoulay, faisant se succéder le temps de cinq concerts, jazz, musique classique, flamenco, tango et musique klezmer dans un syncrétisme jubilatoire.

 Ouvert par une session de jazz mettant en scène le maitre des lieux et le pianiste Laurent Epstein autour de standards de Gershwin, Weill et Gainsbourg, c’est pour l’heure à la musique de chambre que revient l’honneur de se produire dans la magnifique salle capitulaire de l’Abbaye Saint-Georges autour de compositions de , et , joliment interprétées par les cordes de l’.

Après une improvisation déchirante à la clarinette, nous invite à un voyage très spiritualisé, sorte d’immense prière en quatre étapes reposant sur quatre œuvres, rattachées plus ou moins étroitement au courant minimaliste, dans un parcours qui défie le temps par ses variations de tempo, ses silences, ses ostinatos et sa profondeur d’intonation. Le Quatuor Compagny (Quatuor n° 2) de , inspiré de la pièce éponyme de Samuel Beckett, en constitue la première étape. Une pièce de l’école minimaliste et répétitive dont le compositeur est un des tenants à l’instar de Steve Reich. Composée en 1983, elle se déploie en quatre mouvements dans l’immobilité trompeuse et envoûtante d’une immanence quasi magmatique d’où se dégagent les traits du violon solo comme les derniers sursauts d’une humanité qui refuse de s’éteindre. Psalom d’ nous engage ensuite à une réflexion plus verticale qui laisse une large place au silence. Composée en 1985, dédiée au musicologie Alfred Schlee elle tire son inspiration de la liturgie orthodoxe (Psaume 112). Trouvant tout naturellement sa place dans cette longue méditation et nous rappelant au nécessaire travail de mémoire, Le 30 mai 1431, pièce de quatuor à cordes d’Hélios Azoulay, « réinventée » à partir de l’opéra inachevé de Victor Ullmann, entretient l’égrégore avec le public et les musiciens par sa densité, sa solennité et sa noblesse, avant que Fratres (1977) d’Arvo Pärt, dans sa version pour quatuor à cordes, scandé par le glas menaçant du violoncelle n’atteigne au climax du recueillement et de l’émotion, avant de se dissoudre dans le silence, marquant le terme d’un magnifique concert, d’une grande cohérence thématique superbement servi par les cordes de l’ dont on a pu apprécier tout à la fois la beauté de la sonorité, la cohésion et la justesse du jeu.

Autre moment fort de ce festival, le récital de l’accordéoniste-compositeur . Personnage atypique, parfaitement intégré dans ce festival qui ne l’est pas moins ! Véritable explorateur musical et amoureux des sons, qui, répondant au souhait (gardé secret !) de François Couperin n’hésite pas à revisiter, de façon quelque peu iconoclaste, un florilège de pièces pour clavecin à la lumière des anches libres du bandonéon avec un résultat étonnant. Plus classique, nous livre ensuite une lecture magistrale du Grand Tango d’, avant de nous proposer, pour conclure cet insolite récital, une de ces compositions sur Eigenharp, instrument électroacoustique venu d’ailleurs capable de reproduire à lui seul toutes les sonorités de l’orchestre !

Cette dernière édition 2021, se referme sur le désormais traditionnel concert de musique Klezmer : musique de l’exil, musique joyeusement tragique ou tragiquement joyeuse, portée par la clarinette d’Hélios Azoulay qui crie, chante et pleure tout à la fois, une musique bouleversante qui fait chanter la salle réunie dans un émouvant hommage à ce beau festival à qui l’on souhaite longue vie.

Crédit photographique © Patrice Imbaud

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