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David Grimal et Les Dissonances dans le répertoire violonistique post-romantique français

Fondées en 2004, sont un orchestre sans chef emmené par son premier violon ; c’est lui le héros de ces deux nouveaux disques luxueusement présentés par la Dolce Volta.

Le premier, au minutage bien court, offre trois œuvres concertantes très différentes. Le célèbre Poème de Chausson, chef-d’œuvre de lyrisme et de passion inspiré par le chant de l’amour triomphant de Tourgueniev, souffre ici de l’absence de répondant de l’orchestre qui, dirigé du violon solo accompagne sans dialoguer réellement son soliste. Ce choix est moins gênant dans Tzigane dont la partie purement soliste du début ne souffre évidemment nullement de ce manque de personnalité orchestrale. Mais l’essentiel de l’album se trouve dans le long (près de trente minutes) Caprice roumain d’Enesco. C’est une page laissée inachevée, comme beaucoup d’autres par le compositeur, qui y travailla de façon intermittente pendant une vingtaine d’années. Elle a été complétée de façon posthume par le compositeur Cornel Taranu, qui orchestra les trois premiers mouvements et acheva le dernier. Longue méditation qui flatte plus le lyrisme que la virtuosité extérieure du soliste, cette page insolite n’atteint pas le génie des meilleures partitions authentiques du compositeur comme la Sonate n° 3 , la Symphonie n° 3 ou les fameuses rhapsodies roumaines.

Le second disque regroupe les six Sonates pour violon seul d’ (dédicataire du poème de Chausson), sommet de la littérature pour l’instrument désormais reconnu à juste titre aux côtés des sonates et partitas de Bach ou des caprices de Paganini. Sur un Stradivarius, l’« ex-Roederer » de 1710, en exalte plus l’intériorité que la virtuosité et donne une lecture assez sombre des six pièces dédiées à six grands solistes de l’époque d’Ysaÿe (Szigeti, Thibaud, Enesco que l’on retrouve ici, Kreisler, Crickboom et Quiroga). Le résultat déroute en imposant une certaine pesanteur aux mouvements rapides comme la danse rustique de la Sonate n° 5 ou en gommant les accents hispaniques de la n° 6 ici loin du panache habituel. On restera plutôt fidèle aux versions habitées de solistes comme Kremer, Korcia et Zimmermann ou au brillant de Barati, sans oublier la lecture signée Bartek Nizioł (Clef du mois ResMusica), mais cette approche personnelle pourra séduire elle aussi malgré ou à cause de son introversion.

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