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Marina Rebeka clôture la saison au Liceu de Barcelone avec une éblouissante Norma

Le Grand Théâtre du Liceu de Barcelone referme la saison lyrique célébrant son 175e anniversaire avec Norma de , dans la mise en scène contestée d’, avec dans le rôle-titre.


Placé sous l’ombre tutélaire de Maria Callas qui en marqua l’histoire, le rôle de Norma est sans doute un des plus célèbres, mais aussi un des plus ardus du répertoire, alliant pureté du chant et quintessence dramatique : beaucoup de sopranos s’y sont essayées pour finalement ne garder que peu d’élues, parmi lesquelles la soprano lettone semble actuellement une titulaire indiscutable. Un rôle périlleux de grand soprano lyrique, associant une nécessaire souplesse des vocalises et une tessiture étendue, que a déjà chanté sur de nombreuses scènes lyriques (Hambourg, Catane) depuis sa prise de rôle remarquée en 2017, puis en 2019 au Capitole de Toulouse. Elle fait aujourd’hui ses débuts barcelonnais dans cette reprise de l’ancienne production du metteur en scène catalan , directeur artistique de la Fura dels Baus, créée au Royal Opera House de Covent Garden de Londres en 2016.

Si la belle scénographie d’Alfons Flores, exaltée par les lumières de Marco Filibeck et les costumes de Lluc Castells remportent tous les suffrages, il n’en va pas de même pour la lecture d’Àlex Ollé, copieusement huée au moment des saluts ! Il faut bien avouer que celle-ci, cohérente au demeurant et assez fidèle au livret en représentant les deux facettes de l’héroïne (prêtresse et mère) s’avère quelque peu provocatrice en transposant l’action dans une « atemporalité » constituée de deux tableaux principaux : une forêt de crucifix peuplée de pénitents encapuchonnés et de militaires armés, image de la collusion politico religieuse d’un catholicisme triomphant qui eut ses heures de gloire lors de la dictature franquiste et de l’Inquisition, deux époques assez mal vécues par le public espagnol ! Pour lui faire suite dans un curieux contraste, un second tableau figure un salon contemporain (?) avec télévision où Norma évolue avec ses enfants…

Répondant parfaitement à nos attentes, Marina Rebeka campe une superbe Norma : le timbre est lumineux, le souffle long, les vocalises claires et faciles, le legato sublime, la ligne d’une remarquable souplesse tout juste entachée par un vibrato bien contenu, l’ambitus est large depuis des aigus stratosphériques jusqu’aux graves bien projetés. De la femme bafouée, à la mère déchirée, la composition scénique est également remarquable assumant avec une même sincérité toutes les facettes de son personnage complexe.

Face à elle, l’Adalgisa de la mezzo-soprano n’est pas moins convaincante, tant par son engagement scénique que par sa voix chaude, bien timbrée et joliment appariée à Marina Rebeka dans le duo du I : « Ah! Si, Fa Core, Abbracciami ». Pour sa prise de rôle, le ténor assume avec vaillance un Pollione bien chantant dont l’incarnation scénique semble toutefois un peu figée, à l’instar de , annoncé souffrant, qui donne voix à un charismatique Oroveso par sa basse puissante, portant l’émotion à son comble dans la scène finale où il se voit contraint, de façon peu compréhensible, de tirer une balle dans la tête de sa fille. (Clothilde), (Flavio) et l’excellent Chœur du Liceu complètent cette belle distribution.

Dans la fosse, la direction haute en couleurs de fait magnifiquement sonner l’Orchestre du Liceu tous pupitre confondus (en particulier les vents) sans entacher en aucun moment l’équilibre souverain avec les chanteurs.

Crédits photographiques : © David Ruano

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