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Raphaël Sévère, Lars Vogt et les Modigliani jouent Mozart

Après son dernier disque en tant que pianiste consacré à Mendelssohn, voici la dernière publication de comme chef de l’, associé au clarinettiste et au , entièrement dévolu à son cher Mozart.

Cet enregistrement prend aujourd’hui une connotation particulière, presque testamentaire, au lendemain de sa mort survenue le 5 septembre dernier. On sait depuis de nombreuses années les affinités étroites qui unissaient à Mozart, à l’origine d’interprétations à la fois flamboyantes et intériorisées. Ce dernier enregistrement consacré au Concerto pour clarinette et au Quintette pour clarinette et cordes en constitue la plus évidente preuve par le mélange de légèreté et de profondeur, de joie et d’inquiétude qui s’en dégage, une délicate alchimie dont le clarinettiste nous livre une interprétation de belle facture. Ces deux œuvres pour clarinette dédiées à son frère de Loge, le clarinettiste Anton Stadler mettent en avant l’instrument soliste emblématique (avec le cor de basset) des Colonnes d’Harmonie maçonniques. La clarinette, instrument du souffle de vie est sans doute l’une des plus belles conquêtes de l’orchestre du XVIIIᵉ siècle dont Mozart exploite à l’envi la sonorité ronde, tendre et souple dans un chant émouvant et expressif qui réussit à en faire oublier la confondante virtuosité. Ces deux œuvres demeurent une étape incontournable pour tout clarinettiste, beaucoup s’y sont essayé, bien peu ont laissé leur nom gravé au sein d’une discographie déjà pléthorique.

Composé quelques mois avant sa mort, le Concerto pour clarinette (1791) est à inclure dans le catalogue des œuvres « à inspiration maçonnique » aux cotés de la triade testamentaire, Requiem, Flute enchantée et Clémence de Titus. Tout imprégné de lumière et de fraternité, il comprend trois mouvements : un Allegro initial hésitant entre ombre et lumière où l’on apprécie la vitalité de la direction, tout comme l’à propos des nuances, ou la juste prépondérance accordée à l’instrument soliste qui jamais ne compromet l’équilibre du dialogue avec l’orchestre ; un Adagio empreint d’un cantabile pathétique qui n’est pas sans rappeler le Larghetto du Quintette, joliment négocié par Raphaël Sévère mais manquant quelque peu d’émotion malgré un beau legato ; un Rondo final, joyeux et plein d’espoir, seule concession à la virtuosité exubérante du soliste, qui conforte la complicité avec un conduit avec entrain et équilibre par Lars Vogt, dans une joute brillante menant vers la lumière où rayonne perfection formelle et quête spirituelle.

Avec le Quintette pour clarinette et cordes (1789) Mozart inaugure un nouveau genre qu’exploiteront plus tard Weber et Brahms. Plus encore que le concerto, il nécessite un équilibre et une mise en place parfaits entre instrument soliste et cordes, la clarinette devant véritablement s’insinuer dans le quatuor à cordes. La cohésion et l’excellence du ne sont plus à démontrer, Raphaël Sévère leur emboite le pas dans une symbiose totale qui confinera à l’égrégore dans le Menuetto (quelles cordes !) et l’Allegro avec variations qui séduisent tous deux par leur richesse en couleurs et leur virtuosité. Auparavant on aura pu admirer l’équilibre et la clarté de la polyphonie dans l’Allegro initial ainsi que la justesse du tempo (souvent pris trop lentement), dans le magnifique Larghetto joué sans pathos excessif.

En bref, une belle lecture, même si l’on est en droit de rester fidèle à Sabine Meyer, Eduard Brunner, Karl Leister… Sans oublier le vénérable Benny Goodman ou le fringant Martin Fröst.

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