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Les quatuors à cordes de Szymanowski et Debussy sous les archets des Belcea

Les deux Quatuors à cordes de Szymanowski et le Quatuor en sol mineur de Debussy dans la lecture éclairante et inspirée du .

Après une lente réflexion sur le sens qu'il voulait donner à sa musique, le compositeur polonais échafaude trois périodes créatrices successivement romantique (de 1899 à 1910), impressionniste (entre 1910 et 1920) et polonaise (allant de 1920 à 1934). Ses voyages lui permettent de se confronter à diverses sources musicales inspiratrices. De son séjour à Paris il s'enrichit d'intenses contacts avec la musique française.

Le Quatuor à cordes n° 1 composé à l'automne 1917 fut dédié au musicologue français Henry Prunières et créé à Varsovie seulement en 1924. Il apparaît riche d'un lyrisme contrôlé et de pages radieuses. Le aborde ses trois mouvements avec un souci de précision et un respect scrupuleux des souhaits de Szymanowski. Le premier mouvement commence par une section marquée Lento assai en ut majeur, intensément brillant et lyrique, reposant sur un traitement harmonique dans lequel se confrontent des oppositions majeur-mineur. Il continue par un Allegro moderato aux contours formels redevables du schéma haydnien selon Pierre-Émile Barbier. Le deuxième mouvement, Andantino semplice, propose une structure harmonique simplifiée où l'on retrouve l'influence du mouvement précédent. Suit un Vivace influencé par ses recherches sur la polytonalité du compositeur qui se rapproche de la polymodalité (il reste à distance de l'atonalité dominante d'après 1945) et l'éloigne de la nouvelle modernité mais ne l'empêche nullement d'utiliser des dissonances se rapprochant du grotesque.

Le n°2 et dernier Quatuor à cordes est réalisé à Paris et porte la date de 1927, soit une dizaine d'années après son devancier. La création se déroule le 14 mai 1929 à Varsovie avec les archets du Quatuor de Varsovie. Manifestement son esthétique correspond à la période nationaliste du compositeur avec le retour de motifs folkloriques polonais, notamment certains provenant des montagnes des Tatras qu'il avait abordés auparavant. Cet opus se décompose en trois parties : Moderato dolce e tranquillo, Vivace, scherzando et enfin Lento, Moderato. Le quatuor porte des traits et des formules du Stabat Mater (qui sera créé à Varsovie en 1929) et d'Harnasie, son opus 55, un ballet-pantomime contemporain. Le Moderato initial, avec ses phrase douces et apaisées fait penser à Ravel mais aussi au Stabat Mater avec ses traits impressionnistes lesquels rappellent aussi ceux du Quatuor n° 1. On y perçoit également des touches pointillistes, des couleurs harmoniques et des rythmes très courts. L'œuvre s'achève par une fugue lente d'intensité croissante, une évolution donnant une impression grandiose, un sens aigu du tragique et une intense ferveur. Les musiciens du apportent une contribution indéniable aux œuvres de Szymanowski grâce à leur jeu engagé, virtuose et véhément. Ils rejoignent et parfois surpassent les enregistrements réussis du Quatuor de Silésie (Accord), du Quatuor Joachim (Calliope, Clef d'Or ResMusica), du Varsovie String Quartet (Pavane) et du Camerata Quartet (Dux).

Debussy élabora son unique Quatuor à cordes en sol mineur en 1892 et sa création fut confiée au Quatuor Ysaÿe le 29 décembre 1893 à la Société Nationale (Paris). L'accueil public n'eut rien d'enthousiaste et la critique ne masqua pas ses interrogations face aux aspects inédits de cette musique (sur le plan de l'harmonie et des timbres). La version confectionnée par le Quatuor Belcea souligne son adéquation avec l'esprit du jeune et novateur Debussy et le servent avec leur sonorité charnue, leur rondeur sensuelle, leur jeu transparent et étonnamment habité.

Une belle réalisation qui vient enrichir les réalisations précédentes du Quatuor Belcea consacrées à Janáček, Ligeti, Brahms, Beethoven, Chostakovitch

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