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Des quatuors beethovéniens qui filent droit avec les Belcea

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Intégrale des quatuors, Vol.2 : Quatuor n°3 en ré majeur op.18 n°3 ; Quatuor n°5 en la majeur op.18 n°5; Quatuor n°7 en fa majeur op.59 n°1 « Razoumovski » ; Quatuor n°8 en mi mineur op.59 n°2 « Razoumovski » ; Quatuor n°10 en mi bémol majeur op.74, « Les harpes » ; Grande Fugue en si bémol majeur op.133 ; Quatuor n°13 en si bémol mineur op.130 ; Quatuor n°15 en la mineur op.132 ; Quatuor n°16 en fa majeur op.135. Quatuor Belcea : Corina Belcea, 1er violon ; Axel Schacher, 2nd violon ; Krzystof Chorzelski, alto ; Antoine Lederlin, violoncelle. 4 CD Zig Zag Territoires. Réf. : ZZT321. Code barre 3760009293212. Enregistré au Britten Studio, Snape, du 3 décembre 2011 au 2 décembre 2012. Notice trilingue (français-anglais-allemand). Durée : 4h50’

 

Le nous propose avec ce coffret de quatre CD le deuxième volume de leur intégrale des quatuors à cordes de Beethoven. Suivant le même principe appliqué au volume 1, les opus inclus dans ce coffret ne sont pas consécutifs et offrent une promenade à l’intérieur du cycle, ici du troisième au dernier quatuor opus 135, en passant par la Grande Fugue et deux des trois Razoumovski, le troisième ayant déjà été publié dans le précédent volume. Du fait de leur couplage très personnel, ces coffrets deviennent incomparables un à un avec des éditions concurrentes, et il conviendra d’attendre la fin de l’intégrale pour avoir une somme cohérente, au moins en terme de contenu, car musicalement et stylistiquement, nos quatre instrumentistes choisissent clairement leur camps et le défendent avec une cohérence sans faille.

C’est d’une part avec une inexorable force motrice qui propulse vers l’avant chaque mouvement quelque soit son tempo, d’ailleurs toujours choisi avec justesse et un grand respect des proportions, ce qui jamais ne donne l’impression de précipiter la phrase, et d’autre part avec une attention particulière à l’articulation et à la dynamique avec ses fameux forte piano chers à Beethoven que le marque avant tout son interprétation, portée par une impeccable justesse instrumentale et une transparence des quatre voix magnifiquement mises en valeur par une prise de son exemplaire. On l’aura compris, c’est donc avec gourmandise qu’ils dévorent les allegros et qu’ils mordent à pleine dents dans les prestos, conférant à ces mouvements vifs une unité et une droiture de trajectoire qu’il est bien difficile de mettre en défaut. Et ceci sur l’ensemble des huit quatuors qui composent ce coffret, la Grande Fugue étant un cas à part. Si les Belcea restent très convaincants dans les mouvements lents, adagio ou andante, ils y sont néanmoins sensiblement plus fluides et naturels dans les premiers quatuors qu’après l’op.74.

Sommet à notre sens de ce coffret, le disque 2 avec ses Razoumovski toujours justes, plein de panache, réellement emballants, qui rejoignent les meilleurs de la discographie. Difficile de résister à l’énergie vitale ici déployée, à cette pulsation constamment soutenue, à l’impeccable rebond de la phrase lorsqu’elle passe d’un instrumentiste à l’autre. Une merveille d’horlogerie qui sait échapper à tout sentiment de froideur ou d’indifférence. Les quatuors n°3 et 5 flirtent avec ce même niveau de réussite, tout juste ressent-on ici comme une légère frustration le choix d’un ton constamment sobre, ce qui est bien, mais parfois un peu trop sérieux, qu’une touche d’humour, chose si difficile à matérialiser en musique, aurait allégé sinon égayé au moment propice.

On ne dira pas qu’il manque de l’humour à l’interprétation des quatuors n°10, 13, 15 et 16 qui composent les deux derniers disques de ce coffret, car ce n’est pas ici le trait marquant de ces quatuors, même si cela peut jouer ici où là. Par contre l’auditeur pourra ressentir plus franchement, en particulier dans les passages lents, le verso d’une des qualités de ce coffret, avec sa grande unité de style où tout rubato est quasiment banni. Si cela fonctionnait fort bien dans les premiers quatuors, où cette droiture y était sans raideur, on ressent dans les quatuors postérieurs un léger manque de souplesse, un peu d’hésitation dans la pression d’archet, un vibrato qu’on finit par remarquer. Ce ton moins affirmé, sans être pour autant trop pénalisant, laisse ces deux derniers disques un peu en retrait des meilleurs.

Enfin la difficile Grande Fugue jouée ici hors du quatuor n°13, très compacte, d’un seul jet tout en énergie et vigueur d’archet, prend avec les Belcea un aspect franchement abstrait, très moderne. Si elle impressionne instrumentalement, elle laisse l’auditeur au pied d’une énigme qu’il est vrai, bien peu d’interprétation réussissent à élucider.

Voila donc une deuxième étape d’une intégrale en cours de haut niveau, toujours intéressante, avec des réussites complètes et d’autres ici ou là perfectibles, qui méritent d’être suivies d’une oreille attentive, malgré la déjà riche discographie de ce corpus.

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Intégrale des quatuors, Vol.2 : Quatuor n°3 en ré majeur op.18 n°3 ; Quatuor n°5 en la majeur op.18 n°5; Quatuor n°7 en fa majeur op.59 n°1 « Razoumovski » ; Quatuor n°8 en mi mineur op.59 n°2 « Razoumovski » ; Quatuor n°10 en mi bémol majeur op.74, « Les harpes » ; Grande Fugue en si bémol majeur op.133 ; Quatuor n°13 en si bémol mineur op.130 ; Quatuor n°15 en la mineur op.132 ; Quatuor n°16 en fa majeur op.135. Quatuor Belcea : Corina Belcea, 1er violon ; Axel Schacher, 2nd violon ; Krzystof Chorzelski, alto ; Antoine Lederlin, violoncelle. 4 CD Zig Zag Territoires. Réf. : ZZT321. Code barre 3760009293212. Enregistré au Britten Studio, Snape, du 3 décembre 2011 au 2 décembre 2012. Notice trilingue (français-anglais-allemand). Durée : 4h50’

 
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