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À La Chaux-de-Fonds, Marina Viotti et Marc Minkovski en verve

Après la Tonhalle de Zurich, le Victoria Hall de Genève, un espiègle et ses Musiciens du Louvre terminent en beauté leur tournée suisse à la Salle de Musique de La Chaux-de-Fonds avec une Marina Viotti en feu et un brillant dans un pétillant programme d'œuvres de .

Comme à leur habitude récente, entrent en scène dans un apparent désordre. Les violons côtoient les trompettes qui devancent les clarinettes qui se mélangent aux violoncelles qui dépassent les derniers cuivres. Au milieu de ces gens regagnant leurs places, se fraie un passage en serrant quelques mains et, comme dans un ballet soudain bien organisé, se retrouve au centre de son orchestre. Face au public, les bras en croix, il s'incline respectueusement en même temps que ses musiciens pour saluer l'auditoire. Un rapide demi-tour et sans autre geste qu'un léger envoi de sa baguette, la musique soudain emplit l'espace. Trois accords, deux phrases et tout est là ! Est-ce la musique de ? Est-ce la direction d'orchestre de ? On ne peut imaginer plus belle façon d'entrer en propos. Quelques notes, quelques pianissimo, et l'on est transporté dans un univers à la fois apaisé et joyeux. Une musique si bien façonnée qu'elle nous plonge dans l'élégance et l'insouciance de ce 19e siècle finissant, avec ses messieurs en redingotes sévères et chapeaux melons et ses dames en crinolines parées de rubans et de dentelles. Il n'en faudra pas plus pour que le public s'enthousiasme dès ces toutes premières mesures de Transformation tiré du Royaume de Neptune.

Passant d'un ballet, d'une ouverture aux extraits d'une opérette d'Offenbach, Marc Minkowski s‘emploie à introduire les climats musicaux changeant de ces musiques en les illustrant avec quelques mots qu'il lance à la cantonade. Peut-être eut-il été judicieux qu'il soit légèrement sonorisé pour que chacun puisse en apprécier sinon la pertinence musicologique, du moins l'humour espiègle qui habite les commentaires du chef français.

Précédée de son aura, l'entrée de la mezzo soprano Marina Viotti déjà familière du lieu) déchaîne les applaudissements d'un public conquis d'avance. Son Invocation à Vénus, tiré de La Belle Hélène chanté sur un tempo assez lent lui permet de phraser le texte avec une voix d'une plénitude qui emplit la salle. Son instrument semble ne jamais avoir été aussi beau, aussi bien placé, aussi merveilleusement contrôlé. Dans cette prière, c'est un velours vocal sur tout le spectre de la voix. Pas une stridence, tout est d'une douceur, d'une chaleur, d'une soie subtile et d'un velouté admirable. On retrouvera cet art du chant dans chacune de ses interventions. Une technique si maîtrisée, si intégrée, qu'elle lui permet de déployer toute sa palette d'actrice pour jouer la comédie d'admirable façon. Ainsi les deux airs de La Périchole sont de véritables bijoux. Quand elle lance «Tu n'es pas beau, tu n'es pas riche», son chant est si expressif, sa diction si précise, qu'on a peine à croire qu'elle chante. Et pourtant, quand elle susurre à l'oreille de son amant «…pourtant. Je t'adore, brigand» en roulant les «r», en s'arrêtant quelques secondes après son «pourtant», si c'est au théâtre qu'elle nous emmène, c'est à chacun d'entre nous qu'elle chante «je t'adore» ! De même, dans «Ah ! quel diner je viens de faire», Marina Viotti une bouteille dans une main, ses chaussures dans l'autre, mime la griserie de belle manière. Du théâtre, certes, mais sans aucune vulgarité, saoule sa Périchole l'est, mais elle a ici le vin noble. Reste que le chant est parfait et si la diction n'est pas des plus claire, alcool oblige, chaque mot, même pâteux, est intelligible. Marina Viotti est ici au sommet de son art.

A ses côtés, le baryton n'est pas en reste. S'il n'a pas le lyrisme chevillé au corps de sa compagne, il affiche pourtant une autorité vocale de tout premier ordre. Dans son «Pardieu, c'est une aimable charge» tiré de La jolie parfumeuse, on peut apprécier l'excellence de sa diction, le soigné de son phrasé et la clarté de son timbre. Très bien préparé, à l'aise dans l'expression théâtrale, son duo de la mouche d'Orphée aux Enfers est un petit régal comique. On se souviendra (aussi) de sa manière d'agiter le pan de sa redingote suggérant le battement des ailes d'une mouche comme d'un beau moment de complicité avec Marina Viotti. Sans oublier le subtil accompagnement d'un Marc Minkowski toujours prompt à souligner une espièglerie musicale. Et quelle énergie le couple de chanteurs démontre dans leur «Je suis Alsacienne/Je suis Alsacien» extrait de Lischen et Fritzchen !

Tout en appréciant l'énergie déployée par l'ensemble , la musique de procède de clichés qui, quoique étant le parfum de ses opérettes, tendent à nuire à l'unité de ce concert. L'alternance d'airs connus et de pièces moins emblématiques donne l'impression d'une perte d'inspiration du côté de la direction d'orchestre. De plus, trois concerts en trois jours pouvaient logiquement émousser l'interprétation des musiciens qui pourtant ont fait preuve d'une constance copieusement applaudie par un public ravi par cette soirée de musiques on ne peut plus réjouissantes.

Crédit photographique : © Michel Mulhauser, © ResMusica

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