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Virginie Thomas rend hommage à Mademoiselle Hilaire

Après un premier album enthousiasmant autour des Nymphes, réitère une programmation de musique baroque aussi singulière et séduisante autour de la figue d'Hilaire Dupuis.

Proposer un portrait musical d'un ancien chanteur lyrique en disque n'est pas une nouveauté, à l'image des projets de Reinoud van Mechelen qui a mis à l'honneur Dumesny, haute-contre de Lully, tout autant que Jéliote, haute-contre de Rameau. Nous restons dans la musique baroque avec cette bibliographie musicale étendue sur une vingtaine d'années (1650-1670) de la grande cantatrice Mademoiselle Hilaire (1625-1709), interprète privilégiée des Leçons des Ténèbres de dont elle est la belle-sœur, de ballets de cours sous Louis XIV et des premières comédies-ballets de Lully. Son chant « à la Lamberte » et ses prédispositions pour le style italien sont brillamment retracés dans le livret rédigé par Lisandro Abadie, qui regroupe l'ensemble des pendants de la carrière de cette chanteuse, portée par des compositions réalisées pour elle par des musiciens marquants de l'histoire de la musique.

La luminosité du timbre de l'instigatrice de ce projet est probablement proche du « cristal humain » (surnom de l'époque d'Hilaire Dupuis) dont ce disque veut rendre hommage, tout à son apogée dans « Le Marié et la Mariée » et « Le Récit de l'Europe et des quatre continents » extraits du Ballet Royal de Flore (LWV40) de Lully.

offre tout au long de ce parcours musical, une diction très nette, à l'image de « Chanson contre les jaloux » extrait du Ballet de l'Amour Malade (LWV8) et une prononciation historique qui interpelle. Réalisée comme à l'époque au XVIIe siècle, celle-ci se caractérise notamment par la résonnance de consonnes finales, de « e » muets qui ne le sont plus, impactant ainsi les accents unis au texte déclamé et produisant une approche linguistique originale pour un auditeur d'aujourd'hui avec des inflexions travaillées et une théâtralité manifeste par ce dessus séduisant.

La souplesse mélodique (« Récit de Caliste », extrait des Amants Magnifiques LWV42) et l'agilité vocale (« Chanson de la Galanterie » du Carnaval LWV 36) de , se mêlent à la délicatesse des ornements qui prônent affects plutôt que virtuosité technique, comme dans le « Récit d'Orphée », extrait du Ballet des Muses (LWV32). La palette interprétative déployée avec (dessus), Juliette Perretet (dessus) et Anaïs Bertrande (bas-dessus) est riche et diverse sous les traits de trois grâces gracieuses et séductrices (« Dialogue des trois grâces » du Ballet de la naissance de Vénus de Lully et Lambert), qui deviennent incandescentes sous les inflexions italiennes de « Vénus et les trois Grâces » de l'Ercole Amante de Cavalli.

Du côté des onze musiciens, entre continuo et accompagnement orchestral, la voix bénéficie d'un clavecin recueilli (« Ici l'ombre des ormeaux », extrait du Grand divertissement royal LWV38 de Lully), du murmure des flûtes (« Trio du sommeil », extrait des Amants Magnifiques LWV42), de la douceur du théorbe (« Répands charmante nuit », extrait de Monsieur de Pourceaugnac LWV 41), d'une viole dansante au Carnaval (LWV36) puis empreinte d'accents amoureux dans Le Doux hymen de (ca 1626 – ca 1699), preuves d'une instrumentation délicate et d'une finesse orchestrale appréciable (« Orphée et huit Traciens », extrait du Ballet des Muses LWV32).

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