Devant un parterre intimiste, Cyrille Dubois et Anne Le Bozec s'entourent de cinq musiciens pour reprendre au concert des pièces de leur double-album Landscapes sorti le jour même et consacré exclusivement à Ralph Vaughan Williams.
Très peu joué en France, même pour ses œuvres célèbres comme la Fantasia on Greensleeves, Ralph Vaughan Williams n'attire pas les foules en dehors de son pays d'origine. C'est donc sans surprise que la Salle Cortot n'affiche pas complet pour un concert intégralement consacré à ses œuvres, malgré près d'une heure trente de musique parsemée de superbes moments.
Construit autour d'On Wenlock Edge (composé en 1909 sur six poèmes d'Alfred Edward Housman) le programme de l'album (label NoMadMusic) débute avec cette pièce, tandis que le concert s'achève par elle. Par son effectif pour ténor et quintette avec piano, cette partition de six poèmes permet de remettre en scène tous les musiciens de la soirée, sauf le hautboïste Baptiste Gibier, présent seulement pour accompagner plus tôt Cyrille Dubois dans trois des Ten Blake Songs. Comme leur titre l'indique, ces chants utilisent les poèmes de William Blake ; le fait de les accompagner seulement d'un hautbois leur donne un caractère particulier, très adapté au sombre écrivain. Les célèbres poésies The Shepherd et The Lamb (chant n° 6 et 5) n'ont pas été retenues pour le concert, mais on pourra se rattraper avec le folk song Searching for Lambs donné dans une version violon-voix en début de soirée.
Tout d'abord, Cyrille Dubois et la pianiste Anne Le Bozec s'accompagnent de l'altiste Louise Desjardin pour les Four Hymns, d'après quatre textes de quatre écrivains britanniques différents. Et dès ces pièces ressort la qualité du chant et le travail consciencieux du ténor français. Certes, lui-même parle en introduction d'un projet « de grenouilles », en référence à son fort accent français. Mais la façon avec laquelle il porte le texte, non seulement déclamé mais aussi toujours profondément vécu, rappelle à quel point le chanteur excelle dans cet exercice, lui qui s'était ces dernières années consacré aux chants de Fauré, eux aussi rarement interprétés.
Two English Folk Song permet ensuite de découvrir à travers deux thèmes populaires anglais comment Vaughan Williams traite les lieder avec violon, un instrument très répandu dans les tavernes à l'époque pour accompagner la voix. Ici, c'est la violoniste Émeline Concé qui se joint avec entrain à Cyrille Dubois, avant d'échanger sa place avec Anne Le Bozec pour les Four Poems de Fredegond Shove, composés pour piano et voix. Seul moment de repos pour le ténor, l'Hymn tune prelude on ‘Song 13' by Orlando Gibbons permet d'entendre pour piano seul une œuvre écrite dans une technique proche de celle pour orgue, avec, avant de la jouer, un éclairage de la part de la pianiste sur les thèmes à écouter.
Encore plus que les extraits des Ten Blake Songs, On Wenlock Edge d'après A Shropshire Lad d'Housman permet de découvrir la façon dont Vaughan Williams sait s'adapter à tous les ensembles. En l'occurrence, le piano et le quatuor à cordes y communiquent souvent entre eux, laissant d'importants solos au violoniste Julien Dieudegard ou au violoncelliste Louis Rode, présents aux côtés de l'altiste et de la violoniste précitées. Ici encore, Cyrille Dubois convainc par son implication sur le texte et sa clarté d'élocution, magnifique et émouvant jusqu'à la conclusion, qui nous rappelle dans sa traduction française que « Lorsque le Jugement Dernier tonnera et éclairera, peu de choses alors importeront ».
Crédits photographiques : © ResMusica
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