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Iolanta voit la scène à l’Opéra de Rouen

Après Bordeaux, l'Opéra Normandie Rouen est le second cette saison à redonner de la visibilité à Iolanta. Joué cette fois en version de concert, le dernier opéra de Tchaïkovski y est conduit avec une dynamique continue par l'actuel directeur musical des lieux et profite d'une belle distribution, presque intégralement en prise de rôle.

Après la récente production de Iolanta par Stéphane Braunschweig en Nouvelle Aquitaine, c'est au tour de la Normandie de faire réapparaître, en version non-scénique, l'ultime opéra de . Et alors qu'à Bordeaux, l'orchestre était dirigé en fosse par le prochain directeur musical de l'opéra normand, Pierre Dumoussaud, c'est l'actuel chef des lieux, , qui prend en charge sur scène les deux soirées rouennaises.

Passionnant d'énergie en février dans Le Vaisseau Fantôme de Wagner, retrouve une même fluidité dans cet opéra russe en un acte. Clairement, le matériau symphonique est très différent et tient plus d'une suite de numéros, mais avec sa dynamique de chaque instant et un tempo toujours vif, le chef britannique parvient à maintenir une attention quasi-constante donnant l'ouvrage en à peine 1h30. Avec les violoncelles tout à sa droite et des cors séparés à l'opposé des autres cuivres, comme ils le sont habituellement dans la fosse normande, l'orchestre nous entraîne dans cette partition, encore dans l'ombre portée des grands opéras de Tchaïkovski d'après Pouchkine, avec non seulement de grands élans de groupe, mais aussi de beaux solos, comme au cor anglais dès le début, puis au basson ou dans le quatuor à cordes.

Sur scène, seules les lumières adaptées par Matthieu Pouly façonnent les atmosphères en fonction des situations. Les chanteurs entrent et sortent par les deux côtés, tandis que les femmes du Chœur /Opéra Normandie Rouen restent derrière pendant toute la représentation. Moins utiles, les hommes les rejoindront uniquement dans les dernières scènes. Très chaleureuses, les parties féminines soutiennent particulièrement bien les grandes scènes de nature du début, bien accompagnées dans l'une par les deux amies de Iolanta, la Brigitta de Lise Nougier et la Laura d'Anne-Lise Polchlopek.

Seul chanteur commun avec Bordeaux, le grand et beau tient toujours avec la même classe physique et vocale un Robert pourtant un peu badin, puisque, promis à Iolanta, il doit faire comprendre au Roi qu'il en aime une autre. Et cela tombe bien, car dès la première vision, son ami le Comte Godefroy de Vaudémont de tombe fou amoureux de l'héroïne. En prise de rôle comme la plupart des artistes du plateau, le récent Lenski de Paris trouve les mêmes ressources pour chanter avec lyrisme son nouvel amour. On goûte aussi les basses bien structurées et d'une belle largeur du roi René d' ; celles plus contenues mais plus souples du médecin Ibn Hakia de . Sur un tempo rapide, l'air si magique Dva Mira perd de sa profondeur, mais à l'inverse, avec cette célérité choisie par Glassberg comme on l'entendait dans les premiers enregistrements soviétiques de l'œuvre, cette partie devient un véritable conte sous la prosodie du baryton.

Plus déclamés, les grands numéros de René, du Comte ou de Iolanta seront ensuite plus facilement applaudis, à commencer par celui de la soprano , qui propose une prestation soignée du rôle-titre, d'une belle fraîcheur dans la façon de faire vivre son personnage, même si la scène des roses perd en force par l'absence de fleurs sur le plateau. L'Alméric plein de vigueur de , le Bertrand au bas-registre bien ouvert du portier , et surtout la Martha pleine de gravité de complètent brillamment la distribution.

Crédits photographiques : © Caroline Doutre/Opéra Normandie Rouen

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