- ResMusica - https://www.resmusica.com -

À Namur, résurrection de La Morte vinta sul’ Calvario de Ziani

Dans le cadre de la Semaine Sainte, le Grand Manège de Namur proposait une rareté absolue : La Morte vinta sul Calvario de Marc'Antonio Ziani. Sous la direction d' et à l'impulsion de la cornettiste , redonnent vie à ce Sepolcro viennois d'une intensité dramatique saisissante et d'une grande beauté plastique. 

Alors que, en cette Semaine sainte, les Passions de Bach, ou celles de Haendel et Telemann, ainsi que diverses Leçons de ténèbres s'apprêtent à résonner partout en Europe, Namur fait le choix de l'ombre : celle d'un génie vénitien accueilli à Vienne. Né en 1653, formé à Saint-Marc, Marc'Antonio Ziani brille d'abord à Mantoue, à la cour des Gonzague, avant de rejoindre la chapelle impériale des Habsbourg à Vienne en 1700, où il restera jusqu'à sa mort. Il appartient à ces figures que l'histoire a injustement reléguées dans l'ombre de leurs successeurs, notamment son élève . C'est à la faveur du silence imposé par la pandémie qu' et ont redécouvert son œuvre foisonnante, dont ce Sepolcro pour le Vendredi saint de 1706, véritable chef-d'œuvre inconnu, comme aurait titré Balzac!

Le genre du Sepolcro, propre à la piété rigoureuse de la Contre-Réforme viennoise, met en scène le mystère du Sépulcre — entre Crucifixion et Résurrection. Ici, point de récit évangélique linéaire, mais une joute rhétorique entre cinq figures allégoriques. Le Démon exulte face à l'agonie du Christ, la Mort revendique son triomphe, tandis que l'Âme humaine sombre dans la détresse. Face à eux, la Foi et l'Âme d'Adam portent l'Espérance : la mort du Christ n'est qu'un passage, promesse de salut et de vie éternelle pour les croyants, tout en scellant le sort des âmes damnées. La partition surprend par son inventivité : loin de toute monotonie, chaque air est une pièce d'orfèvrerie où la musique épouse le texte dans une fusion rhétorique remarquable. Ainsi, dans l'air du Démon « Or lusinghiero », de stile concitato hérité de la tradition monteverdienne, l'agitation orchestrale traduit avec force la fureur impuissante du mal.

Pour cette recréation, optent pour un effectif resserré, privilégiant l'intimité du dialogue à toute pompe opératique. Si un ensemble de cordes plus étoffé aurait souligné la majesté impériale viennoise, le choix respectueux d'un chœur de vents (cornets, sacqueboute, basson) confère à l'ensemble un clair-obscur d'une très belle patine. La direction d' se distingue par sa probité, même si l'on aurait parfois souhaité davantage de véhémence dans les emportements du Démon ou une suavité plus enveloppante dans les plaintes de la Nature humaine.

Le plateau vocal, proche de celui de l'enregistrement paru chez Accent en 2024 (Clef ResMusica), offre une belle cohérence malgré quelques disparités. incarne un Démon à la morgue vocale impressionnante, malgré quelques tensions dans les vocalises les plus véloces ou extrêmes. Face à lui, la Mort de , au timbre à la fois incisif et expressif, cultive une ambiguïté rhétorique fascinante. La Nature humaine de , bien que marquée par une fatigue vocale perceptible, touche par son humanité fragile ; ses légères hésitations d'intonation servent ici la vérité du texte. Si la Foi de la mezzo peut paraître quelque peu péremptoire dans son autorité, la révélation de la soirée revient à la soprano : son Âme d'Adam, culminant dans l'air final « Pria che due volte », atteint une ferveur musicale d'une grâce rare et d'une suavité mystique  recueillie. L'oratorio s'achève sur un vaste chœur final d'une austérité contrapuntique qui préfigure déjà l'art de Fux, et dont l'effet hiératique serait renforcé par un effectif plus fourni.

En bis, proposent une version condensée du Stabat Mater du même compositeur, prélude à un « été zianien » : l'ensemble reviendra à Namur, aux côtés du Chœur de chambre local, pour le Festival de Wallonie, avec notamment l'intégrale de ce Stabat et le bouleversant Requiem pour un Empire, enrichi du Dies irae de Fux.

Crédits photographiques : vue d'ensemble, Etiene Meyer, Yannis François et , © Grand Manège, Namur Concert hall

L'enregistrement, Clef ResMusica: 

Un oratorio inédit de Marc'Antonio Ziani par l'ensemble Les Traversées Baroques

(Visited 11 times, 9 visits today)
Partager