Si l'Orchestre de chambre de Paris a l'habitude d'une approche baroque avec son actuel directeur musical, c'est par une vision encore plus sobre et en même temps plus souple qu'Andrea Marcon prend l'ensemble pour un soir au TCE, avec pour la première fois à Paris, le pianiste Alexander Gadjiev.
L'Orchestre de Chambre de Paris mérite aujourd'hui vraiment l'intérêt du public par ses programmes et ses artistes invités.
Pour preuve, son récent concert pascal Bach – Frank Martin – Mendelssohn avec Christian Tetzlaff et ce soir la Symphonie en ré majeur Wq.183 de Carl Philipp Emanuel Bach – tirée du second corpus hambourgeois – qui offre une ouverture dynamique à un concert ensuite dédié à Beethoven. Et déjà, se ressent chez les musiciens parisiens cette aptitude à jouer de manière chambriste et à s'écouter entre eux. Du parterre, la battue du chef Andrea Marcon nous semble pourtant parfois difficile à suivre, mais ses départs sont bien indiqués. De plus, son geste élancé, ajouté à une attention envers tous les groupes d'instruments, permets d'emporter avec énergie une formation qui rappelle par sa célérité aux cordes celles des orchestres baroques, en même temps que cette musique germanique laisse entendre l'influence par l'Italie de Vivaldi. De la prestation, on louera ici aussi déjà les hautbois et le basson solo.
Un court changement de plateau permet de positionner le piano sur le devant de la scène, pour y voir apparaître pour la première fois à Paris le soliste Alexander Gadjiev. Touche à tout dont on a vu paraître récemment un album en forme de carte de visite, le pianiste italien ne manque pas de finesse de doigté, ni d'une grande clarté dans la manière de dissocier chaque note. En revanche, s'il s'accorde bien à un accompagnement de Marcon qui vise plus à laisser cet ouvrage de Beethoven vers le classicisme de Mozart qu'à l'emporter vers le romantisme d'un Schumann, le soliste manque de matière pour vraiment impacter l'interprétation.
Sans appuyer les notes, le pianiste de 31 ans semble toujours garder une forme de distance avec la partition, avec laquelle il reste sobre dans la façon de gérer les tempi et les accents. En revanche, on sent de sa part un besoin de marquer le public pour son premier passage à Paris, d'abord par le fait de choisir la cadence de Beethoven la plus longue à la fin du premier mouvement, puis, surtout par le fait de tomber dans la facilité de répondre aux applaudissements par un second bis. Car si le premier avec la Bagatelle n°1 de l'opus 126 de Beethoven est totalement cohérent au programme, les Feux d'Artifices de Debussy ensuite ne le sont pas.
En seconde moitié de soirée, se retrouve la dominante ré majeur de la symphonie de Bach tout en restant avec Beethoven, par l'intermédiaire de sa Symphonie n°2. Et comme pour le concerto, même si l'esprit martial du compositeur fasciné par Bonaparte ressort par moment, c'est encore la sobriété qui transparait de l'interprétation de Marcon et de l'Orchestre de Chambre de Paris. Ici, les écarts dynamiques du Scherzo nous convainquent plus que la distance émotionnelle prise au Larghetto, avant de glisser avec les cors et les cordes vers un Allegro molto apte à raviver la petite harmonie dont les hautbois et le basson solo remarqués en début de soirée.