Rendez-vous incontournable de la saison chorégraphique parisienne, le spectacle de l'Ecole de danse de l'Opéra de Paris est, avec les démonstrations de l'Ecole, l'occasion de retrouver avec plaisir les petits rats.
Habituellement organisée en une soirée de trois ballets différents, cette soirée est représentative de ce qui se fait le reste de l'année dans la Compagnie ainsi que les différents répertoires abordés par la troupe.
Soir de Fête est le ballet classique de rigueur qui permet de faire valoir tout le travail très spécifique de l'école française, avec une attention portée au bas du corps, à la précision du placement, à la netteté élégante du mouvement. Tous les types de pas d'école y sont abordés, avec leurs difficultés techniques, tant au point de vue des solistes que dans les ensembles. Il faut avouer que ce soir, le niveau n'est pas à la hauteur des années précédentes. Beaucoup de lignes ne sont pas respectées, les danseurs ne dansent pas ensemble tout le temps, et les ports de bras sont laissés à l'appréciation de chacun. On reconnaît toutefois leur enthousiasme ainsi que leur volonté de bien faire. Pris individuellement, et en dehors même des ratages qui peuvent arriver dans n'importe quelle soirée, chacun des petits artistes est très appliqué, avec une présentation dans les moindres détails de l'exécution de pas même parfois simples (on peut très correctement observer l'appel des sauts, les différentes phases qui composent tels enchaînements, le travail du buste penché dans cette esthétique romantique). On constate d'ailleurs la grande variété des physiques, là il y a quelques années encore une certaine normativité était de mise.
En seconde partie de soirée, la création d'une Etoile maison, Clairemarie Osta, sur l'histoire du Petit Prince. Quel plaisir que de retrouver Mathieu Ganio dans le rôle de l'aviateur qui apparaît en ouverture et en fermeture de la pièce ! On connaît la grande poésie de l'Etoile masculine et le symbole qu'il a toujours été dans la compagnie comme artiste connu sur plusieurs générations, depuis son parcours remarqué à l'Ecole, sa nomination en tant qu'Etoile dans sa prime jeunesse et tout au long de sa longue carrière. La pièce s'installe sur une ambiance musicale composée par Simon Bång qui s'ouvre sur des accents de Gabriel Fauré, se développe dans un maelström de courants musicaux divers (empruntant à du sériel, à du dodécaphonique) pour finalement aboutir à une partition intéressante, tirant facilement vers l'onirique et aux impressions fuyantes. On reconnaît dans la scénographie nombre d'images connues du récit (l'allumeur de réverbères, le monarque, le géographe, la rose sous verre), en regrettant l'absence d'autres peut être plus attendues (point de mouton ni d'éléphant mangé par un serpent !). Toujours est-il que la thématique de l'étoile est illustrée par les tutus en tarlatane découpé en étoile, les astres brillants flottants dans le ciel, le groupe de danseurs retenus par des fils représentant les planètes. La chorégraphie est pensée pour que de nombreux petits rôles puissent être présents sur scène, avec un très beau pas de deux avec la rose, à la construction chaloupée que l'amateur de tango ne renierait pas. La scénographie dévoile successivement le désert, le pan de mur fêlé d'où sort le serpent et sur lequel sera finalement projeté le Petit Prince dont le caractère évanescent et un rien angoissé est particulièrement rendu dans cette création parfaite en tous points pour les élèves.
Enfin, Yondering est une pièce figurant au répertoire de l'Ecole depuis 1999. On connaît l'attachement de l'Ecole de danse, de sa directrice et de la Compagnie au chorégraphe John Neumeier (dont on donnera d'ici un mois sa Dame aux Camélias), et il faut concéder que la pièce convient parfaitement bien au tempérament de ces jeunes artistes sur la musique mélancolique et néanmoins pleine d'entrain de Stephen Collins Foster. La délicatesse alliée à une certaine pudeur expose les jeunes danseurs à une sincérité d'émotions dont le langage chorégraphique tendre rend la vulnérabilité pleine de charmes. Il faut rappeler les racines américaines du chorégraphe et dont l'intelligence de l'écriture chorégraphique fournit un instant d'éternité dans ce moment si fugace qu'est l'adolescence.
Une très belle soirée, à l'image de la Compagnie qui maintient un pied dans le langage académique mais qui semble pleinement s'épanouir dans une écriture plus néoclassique.