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Un Avare de Gasparini, plein de charme mais trop riche

Oubliez Harpagon : dans cet intermezzo italien du XVIIIe siècle, n'est plus qu'une trame porteuse d'archétypes pour une comédie bouffe vive et brillamment chantée. À l'Athénée, après Caen et avant Versailles et Beaune, et emportent la soirée malgré quelques ajouts discutables.

Que reste-t-il de L'Avare de dans cet intermezzo italien du début du XVIIIe siècle composé par ? Pas grand-chose, au fond, si l'on entend par là la cruauté familiale, la névrose de la possession ou cette manière propre à de faire surgir, derrière la comédie, une inquiétante vérité humaine et une galerie de personnages portés par l'intelligence du texte. Il faut accepter d'oublier Harpagon pour entrer dans le monde de Pancrazio, son cousin italien : un avare réduit à un type comique, confronté à une jeune femme qui entend profiter de lui sans scrupule – des personnages pittoresques sans être odieux.

Le livret ne cherche ni l'adaptation fidèle ni même le résumé. Il prélève dans la pièce une situation élémentaire, un archétype, pour construire une mécanique bouffe à deux protagonistes. De Molière, il ne reste guère qu'une trame et un nom. Mais cette simplification n'est pas une faiblesse dès lors qu'on cesse d'attendre une « mise en opéra » de L'Avare. Dans son esthétique propre, ce petit ouvrage fonctionne et le livret contient nombre de subtilités inattendues.

Sa brièveté est même sa force. Pendant un peu plus d'une heure, la représentation ne connaît pas de temps mort. Les procédés comiques, la mobilité des chanteurs, l'énergie de la direction musicale et les trouvailles de mise en scène gardent jusqu'au bout leur fraîcheur. Là où une œuvre plus longue risquerait d'épuiser ses effets, celle-ci conserve une allure vive, presque insolente. On voit une petite forme très accomplie, non une œuvre majeure, mais un spectacle qui sait parfaitement ce qu'il veut être.

et y sont évidemment pour beaucoup. La partition de Gasparini n'a pas la profondeur qui permettrait de la hisser au rang des grands ouvrages du répertoire. Elle possède en revanche un charme immédiat, une efficacité théâtrale, un sens du rythme et de la vocalise que Dumestre sait admirablement mettre en valeur. L'orchestre, installé sur un tiers de la scène, trouve à l'Athénée un écrin idéal : on profite à la fois de la subtilité des instrumentistes et de leur présence physique, presque étrange, comme s'ils étaient les témoins silencieux de l'action, plus que de simples partenaires de jeu – tout en se prêtant à un gag très réussi au moment où Pancrazio se saisit d'un des violons.

La musique ne suspend pas le mouvement : elle est l'action même. Les airs incarnent la comédie. Les chanteurs doivent tout faire à la fois – chanter, courir, jouer, multiplier les gestes et les réactions – et c'est ce qui donne au spectacle sa vitalité. accomplit à cet égard une véritable prouesse. Son Pancrazio n'a plus rien du malade de l'argent qu'est Harpagon ; il reste dans la comédie, parfois ridicule, souvent désarmant. Le chanteur lui donne une humanité inattendue. Parce qu'il bouge sans cesse, parce qu'il s'agite, s'emporte, accuse le public, il devient presque sympathique. Le personnage demeure un stéréotype, mais lui prête assez de contradictions, de gourmandise de vivre et une incroyable énergie pour lui donner une réelle épaisseur.

Face à lui, Fiammetta impose une personnalité très différente, qu'incarne avec une riche présence physique et vocale. Le personnage échappe lui aussi au cliché. Cette femme qui manipule l'avare avec autant d'autorité que de finesse ne relève jamais d'une caricature féminine. Elle domine la situation, dans une forme de modernité inattendue : non parce que l'œuvre dirait quelque chose de notre époque, mais parce qu'elle montre une femme libre, décidée, maîtresse du jeu.

Dans un décor très réussi, la mise en scène de repose avant tout sur un principe d'activité permanente. Tout bouge, tout circule, tout réagit. La direction d'acteurs est très travaillée et les gags sont plaisants. Le moment où Pancrazio envahit la salle pour accuser tel ou tel spectateur d'avoir dérobé son trésor est un morceau de bravoure. Les vocalises de Fiammetta, reprises et amplifiées par la nourrice, composent un autre sommet, à la fois drôle et virtuose.

Cette richesse est pourtant, par moments, un peu excessive. Le valet muet ajouté par la mise en scène, pertinent lorsqu'il déplace les objets sans être vu de Pancrazio comme un fantôme malicieux ou lors de la poursuite frénétique autour de la cassette disparue, occupe trop de place. Présent presque constamment, il surcharge un spectacle qui n'en avait pas besoin.

La même réserve vaut pour les ajouts musicaux de . Ces intermèdes, souvent très beaux, apportent de la poésie et une émotion inattendue. La nourrice, interprétée avec talent par , y gagne de beaux moments ; pourtant le personnage reste extérieur à l'intrigue. Ces respirations sont davantage des commentaires qu'un enrichissement dramatique.

Reste qu'à l'Athénée cette forme légère trouve presque son lieu naturel. La proximité de la salle, la chaleur du public, les rires très nombreux et les applaudissements nourris de la fin confirment qu'il y a là moins une redécouverte majeure qu'un spectacle de troupe particulièrement réussi : vivant, drôle, remarquablement chanté, et assez intelligent pour faire oublier, le temps d'une soirée, tout ce qu'il n'est pas.

Crédit photographique : © Philippe Delval

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