Le quatuor à cordes Ardeo s'associe avec le marimba de Vassilena Serafimova pour un délicat voyage sonore où se télescopent Jean Cras, Claude Debussy, Erik Satie, mais aussi Vivaldi, Pärt et Gershwin.
Depuis Béla Bartók, on sait que l'association des cordes et des seules percussions peut donner naissance à de fabuleux alliages sonores. Le Quatuor Ardeo et la percussionniste Vassilena Serafimova proposent une option plus intimiste, en associant le son percussif et ouaté du marimba à la densité harmonique d'un quatuor à cordes. L'équilibre peut paraître délicat, mais le pari est plutôt réussi dans ce nouveau disque Melodies in a Bottle, qui ouvre de nouveaux univers sonores en revisitant un répertoire assez original.
Tout commence en effet avec le merveilleux Quintette pour flûte, violon, alto, violoncelle et harpe de Jean Cras, transposé pour quatuor à cordes et marimba. L'œuvre de ce musicien voyageur est étroitement associée à l'univers marin. Les « liquidités » de la harpe sont ici judicieusement compensées par les sonorités évanescentes du marimba. L'instrument se fond ainsi avec douceur dans les arpèges introductifs du quintette, comme autant de gouttes rayonnantes. Louons les pulsations délicates, la souplesse du jeu de Vassilena Serafimova qui ne dénature jamais la grâce debussyste du quintette de Jean Cras. Le marimba n'est pas ici un intrus, il apporte au contraire de nouvelles couleurs et une dimension rythmique inédite, sans jamais s'imposer au détriment des cordes. Un équilibre parfaitement tenu avec le Quatuor Ardeo tout au long de ce disque. Quelques touches orientalisantes peuvent également se faire sentir, comme dans le deuxième mouvement Animé, où le marimba apporte une touche très ravélienne proche du Laideronnette impératrice des pagodes de Ma Mère l'Oye.
La transition est parfaitement trouvée avec l'adaptation des Deux danses (Danse sacrée et Danse profane) de Claude Debussy. Le marimba prend ici encore la place de la harpe, dans une transcription assez fidèle à l'originale. Le côté antique de la musique y est accentué par la sonorité « exotique » du marimba, peut-être au détriment du mystère.
Le Quatuor Ardeo seul s'empare ensuite de la version pour cordes du Fratres d'Arvo Pärt. Le compositeur estonien a réalisé de nombreux arrangements de cette pièce envoûtante. Une épure minimaliste où les changements de couleurs semblent imperceptibles. C'est aussi un véritable challenge de maîtrise harmonique pour un quatuor à cordes, brillamment relevé par le Quatuor Ardeo.
L'arrangement pour marimba et quatuor de L'Eté, extrait des célébrissimes Quatre Saisons d'Antonio Vivaldi peut apparaître un peu plus « gadget ». Ce tube de la musique baroque a déjà subi moults adaptations. Sans trahir l'énergie et la beauté de la version d'origine, cette réduction à cinq n'apporte rien de particulier, d'autant plus que le marimba s'y fait relativement discret, sauf pour renforcer les staccatos des mouvements rapides.
Beaucoup plus originales et intéressantes sont les adaptations pour marimba seul des Pièces froides, Danses de travers d'Erik Satie. Avec ses sonorités de balafon africain, le marimba de Vassilena Serafimova apporte une dimension encore plus irréelle et intemporelle à ces pièces répétitives et énigmatiques. Un instant suspendu absolument magnifique.
Le disque se conclut avec l'adaptation de trois mélodies de George Gershwin. La souplesse et l'élégance du Quatuor Ardeo associé au marimba, se coulent à merveille dans les savoureux déhanchements de Fascinating Rythm, le chic rétro de Chinese Blues et la sensualité de The Man I Love.
Conclusion festive pour ces Melodies in a Bottle rescapées d'un joli voyage musical.