Pour clore sa 37e saison lyrique dans l'alegria, le Teatro Cervantes de Malaga présente une nouvelle production de La Fille du régiment de Gaetano Donizetti, un sommet du bel canto revu et corrigé à la mode comédie musicale, servi par une éblouissante Rocío Pérez dans le rôle-titre.
La saison malaguène s'achève avec cette partition pétillante qui entrelace dans un savoureux mélange divers rythmes guerriers et romances sentimentales ; un opéra que Donizetti composa en quelques semaines (court-circuitant Berlioz à Paris !) dont la fringante ouverture donne d'emblée le ton, à la fois martiale et romantique, ouvrant la voie à une véritable pyrotechnie vocale.
Point de campement militaire, de bidons, ni de bandes molletières dans cette lecture de Javier Hernandez. Dans sa note de programme le metteur en scène livre quelques pistes pour éclairer son interprétation, affirmant vouloir gommer autant que faire se peut le caractère guerrier et patriotique présent dans l'œuvre originale en déplaçant l'action dans un port stylisé peuplé de marins français et en adoptant des éléments typiques du théâtre musical, notamment dans les numéros choraux militaires. Une transposition au demeurant très réussie, originale et divertissante qui se situe à la croisée des chemins entre accents italiens, français et espagnol avec un clin d'œil vers Broadway, sans jamais sacrifier, ni la comédie, ni le burlesque. La scénographie se décline en deux tableaux : un port au décor minimaliste au I, un salon aristocratique au II. La direction d'acteur est irréprochable à l'instar des chorégraphies majoritairement assurées par le chœur. Les costumes conçus par Gabriela Salaverri évoquent délibérément l'Andalousie, mais sans aucune prétention réaliste. Le livret simple nous conte les amours tourmentées de Marie et Tonio qui finiront après bien des déboires par se marier, les personnages sont sympathiques recueillant immédiatement l'adhésion du public, la veine comique bien entretenue et l'intrigue rondement menée s'achève comme il se doit sur un dénouement miraculeux.
La distribution vocale est homogène dominée par la soprano Rocío Pérez (Marie) et le ténor Juan de Dios Mateos (Tonio). Si la diction du français reste constamment préoccupante, l'engagement scénique et la qualité du chant demeurent constants. On admire sans réserve la prestation de Rocío Pérez, sa fraicheur, son timbre délicat et élégant, sa facilité vocale confondante depuis l'émouvant et mélancolique « Je dois partir » avec accompagnement de cor anglais, jusqu'aux vertigineuses vocalises joliment assumées de « Salut à la France ». Face à elle, Juan de Dios Mateos campe un Tonio fringant et séducteur qui assume crânement les aigus périlleux de ses deux grands airs « Ah, mes amis » et « Si je devais cesser de vivre… ». Le baryton Javier Franco incarne un Sulpice bien chantant, plein de bonhomie. La Marquise interprétée par Marina Prado n'est pas sans rappeler la regrettée Dame Felicity Lott par son entregent scénique, son humour et sa tessiture étendue avec des graves abyssaux. La leçon de chant réunissant Sulpice, Marie et la Marquise est un grand moment de comédie au grotesque irrésistible. Luis Pacetti (Hortensius) et Rosa Moreno (La Duchesse) complètent avec brio cette distribution, sans oublier le Chœur et la section ballet, superbes artisans du succès de cette production malaguène.
Dans la fosse, Salvador Vázquez, soucieux de l'équilibre avec le plateau, participe grandement de la fête en dirigeant avec précision et entrain l'Orchestre philharmonique de Malaga et le remarquable Chœur du Teatro Cervantes-Intermezzo.
Crédits photographiques : © Carlos Diaz / Teatro Cervantes