La violoniste Geneviève Laurenceau consacre un délicieux récital au répertoire pour violon britannique au tournant du XXe siècle. Avec la découverte de l’impressionnant Concerto de Guirne Creith (1907-1996).
La musique anglaise du début du XXe siècle est surtout connue grâce aux noms d’Edward Elgar, Ralph Vaughan Williams et William Walton. La violoniste Geneviève Laurenceau, super soliste de l’Orchestre du Capitole de Toulouse, nous offre un beau portrait musical de cette période musicale en allant puiser chez quelques-uns de ces grands noms, mais également dans des répertoires largement inexplorés.
Et en premier lieu celui de Guirne Creith, compositrice oubliée, mais dont le Concerto pour violon en sol mineur, son unique œuvre survivante, est une totale révélation. On comprend la passion avec laquelle Geneviève Laurenceau entend défendre cette partition mystérieuse, pleine de passion. Enfant prodige, pianiste, compositrice et pédagogue reconnue en son temps, Guirne Creith a malheureusement vu sa vie bouleversée par un accident en 1952, mettant fin brutalement à sa carrière de concertiste. A 45 ans, Guirne Creith commença un nouveau chapitre de son existence en devenant écrivaine, peintre et… oenologue de réputation internationale. Composé en 1936, mais redécouvert seulement après sa mort en 1996, son Concerto pour violon est une œuvre savoureuse et « enivrante », « vaste et verdoyante comme une vallée du Yorkshire« , comme l’écrit joliment Geneviève Laurenceau dans le livret de son disque. Dans ce concerto encore très romantique, il y a là en effet les envolées lyriques dignes du célèbre Concerto d’Elgar, les saveurs champêtres et bucoliques des poèmes symphoniques d’Arnold Bax (1883-1953) ou Frederick Delius (1862-1934), autres maîtres du symphonisme britannique. Sans éviter parfois quelques bavardages virtuoses, le Concerto de Guirne Creith reste une œuvre merveilleusement orchestrée, pleine d’élans lumineux où l’archet gourmand et l’aigu souverain de Geneviève Laurenceau peuvent s’exprimer avec générosité, parfaitement soutenu par l’excellent Orchestre de Picardie sous la baguette de David Niemann. Le Concerto de Guirne Greith est évidemment le plat de résistance de cet album. Mais Geneviève Laurenceau nous propose d’autres friandises, avec un florilège de pièces pour violon et piano d’Edward Elgar, Rebecca Clarke (1886-1979) et William Walton.
Pièces de salon ou bis de concert, ces « Chanson de matin« , « Midsummer Moon » et autres « Lullaby » ne doivent cependant pas être négligées. Geneviève Laurenceau et son complice, le pianiste Jean-Frédéric Neuburger, savent rendre toute la saveur et la poésie de ces compositions. Que ce soit la tendresse d’Elgar, l’inquiétude de Clarke ou la nostalgie de Walton, ces piécettes sont autant de douceurs à déguster avec la même générosité que leurs interprètes.