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Le clavicorde personnel de Mozart en majesté avec Georg Nigl et Alexander Gergelyfi

Pour une nouvelle édition de ces uniques concerts nocturnes du , dialogue avec les lettres de Mozart lues avec force par .

Pour la quatrième saison consécutive, et consacrent au une série de concerts singulière à la rencontre entre la voix et le son si intime du clavicorde, avec un succès public considérable que les 80 places de la salle sont loin de contenter : trois programmes par an donnés chacun deux fois, cela fait moins de 500 places par an, et la situation est d’autant plus inextricable que – nostra culpa – une partie importante de ceux qui ont la chance d’obtenir des places font tout leur possible pour revenir l’année suivante.

Désormais, ces concerts ont une traduction discographiques (1 CD Mozart chez Alpha), des reprises dans d’autres salles que Salzbourg, et pour la première fois cette année la diffusion radio de deux programmes. Pour le premier de cette nouvelle saison, les musiciens retournent à Mozart, en bénéficiant à nouveau du clavicorde original sur lequel, selon une note manuscrite de Constanze Mozart collée sur l’instrument, son mari a composé La Flûte enchantéeLa Clemenza di Tito et le Requiem. C’est, comme pour les années précédentes, qui joue de cet instrument unique : lui qui s’intéresse de près à toute la production de ces instruments de musique domestique sait le faire chanter, et même si sa sonorité feutrée le limite face à la voix au rôle d’accompagnateur plus que de partenaire à part entière, il s’impose assez pour qu’on n’oublie jamais de l’écouter, même derrière la voix.

La partie chantée est consacrée entièrement aux Lieder de Mozart, des mises en musique modestes du jeune compositeur aux œuvres plus ambitieuses des années 1780 ; quant à la partie parlée qui est essentielle à ces programmes, elle est tirée de la correspondance de la famille Mozart : après Ulrich Noethen en 2023 et August Diehl les deux années suivantes, c’est au tour de de faire dialoguer la voix parlée avec la voix chantée. La correspondance de la famille Mozart, on la connaît bien, on sait que tout n’y est pas que culture et bon goût ; dans la première partie de la soirée, Lyssewski s’empare des lettres les plus scatologiques et ordurières du jeune Wolfgang avec une virtuosité et une gourmandise qui les rend vivantes et leur rend toute leur drôlerie. Le ton change progressivement quand elle aborde les lettres des années 1780 qui montrent Wolfgang en fiancé puis en époux de Constanze Weber, abreuvant sa jeune épouse des conseils les plus patriarcaux qui soient – on rit toujours un peu, mais on rit jaune.

Le choix des Lieder par n’inclut pas certains des plus connus – pas d’Abendempfindung, pas de Violette. De l’éloge de la joie (KV 53) à la célébration de la musique (KV 351), le programme parcourt le monde intellectuel du XVIIIe siècle, y compris les thèmes maçonniques de An die Freundschaft (composé dès 1774 !) et de Die Gesellenreise, en passant par le marivaudage conventionnel du « magicien » du KV 472. Pour ce répertoire, le clavicorde est l’instrument idoine, celui de la musique de salon bourgeois, quelques auditeurs autour de l’instrument et d’un chanteur qui s’adresse directement à eux. La dimension de la pièce où a lieu le concert est bien celle-là, même si le public est beaucoup plus nombreux. Georg Nigl a désormais l’habitude d’alléger sa voix pour ne pas écraser son discret partenaire : son éducation de Wiener Sängerknabe lui permet de passer en voix de tête à volonté, en toute fluidité, et le souci constant de la diction et de la prosodie est constamment audible. C’est d’autant plus important que ces Lieder sont souvent strophiques, obligeant le chanteur à se poser la question de la répétition et des moyens à sa disposition pour animer le retour inlassable de la même musique – il choisit notamment de chanter l’intégralité des 15 strophes du Lied der Trennung (La séparation, KV 519), en les faisant alterner avec les lettres à Constanze déjà évoquées : ce n’est qu’à moitié convaincant, mais cela n’atténue pas le charme unique de ces « musiques nocturnes ».

Crédits photographiques : © SF/Marco Borrelli

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