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A Strasbourg, un concert sur mesure pour Michael Spyres

Opéra français ou de Wagner, ténor ou baryton, traverse les barrières des catégories, et le chef l’accompagne dans cette brillante démonstration de versatilité.

Est-ce la sixième ou la septième fois que vient chanter à Strasbourg avec l’orchestre philharmonique ? On ne compte plus… Il y a eu son magnifique cycle Berlioz avec John Nelson, sa prise de rôle scénique dans Lohengrin, des enregistrements… Le moins qu’on puisse dire, c’est que le public strasbourgeois lui est fidèle, et peut apprécier sur une dizaine d’années le glissement progressif du ténor, originellement belcantiste, vers un répertoire plus héroïque.

Le concert commence avec Lohengrin, dont le prélude permet d’apprécier les belles couleurs de l’orchestre strasbourgeois, ainsi que la battue assurée de . Sa gestion des nuances, avec de beaux pianissimi et des crescendos impressionnants est très bien menée. Entendre dans In fernem Land  apporte un sentiment d’accomplissement : placé devant l’orchestre et pouvant projeter sans obstacle sa voix (qui, avouons-le, n’est pas hyper puissante) dans l’espace du théâtre, l’auditeur peut alors profiter pleinement de ses rares qualités de chanteur. Le timbre de sa voix est riche, sa prononciation est excellente et son phrasé est d’une propreté remarquable. Michael Spyres a la réputation d’être un baryténor, car pouvant chanter dans un ambitus d’une longueur inouïe, mais c’est avant tout un styliste d’exception, chantant tout avec la même probité, avec la même fidélité d’intention au compositeur. Tout ce qu’il chante ce soir est marqué par cette légitimité de style, et c’est un bonheur pour le public. Don José, come Lohengrin, paraissent vivants devant nous, avec leurs regrets, leurs souffrances, leur sentiments amoureux. Et quand il aborde le Lied de Pierrot extrait de La Ville Morte de Korngold, il arrive parfaitement à exprimer ce mélange typiquement viennois de poésie et de désarroi rentré. Aucun doute, Michael Spyres est un grand artiste.

Le ténor américain est sans doute en train d’évoluer. Il n’a rien perdu de ses assises barytonales, au contraire, (au fait, qui a remarqué que le Lied de Pierrot est écrit pour un baryton ?) et ses contre-uts sont toujours insolents, comme il nous le prouve dans les stances de Werther. Dans la Siegmund-Suite (arrangée pour lui par son ami ), il enfile à la suite les Wälse !, Winterstürme et l’extraction de Notung hors du chêne. Son mélange d’ardeur et de juvénilité est irrésistible, et ses Wälse, vaillants et presque noirs de couleur, impressionnent. La santé vocale de Michael Spyres est et reste décidément magnifique, et on espère continuer à entendre à Strasbourg comment il mène sagement sa passionnante maturation.

L’orchestre nous donne aussi à entendre deux « suites symphoniques ». Une d’après des extraits du Crépuscule des Dieux et de Tristan, qui n’est qu’un maladroit pot-pourri concocté par Matthew Straw, et une autre faite avec des extraits du 3eme acte du Rosenkavalier. C’est forcément un plaisir d’entendre un si bel orchestre jouer des thèmes qu’on affectionne, mais entendre des Leitmotiv du Crépuscule enchaînés avec la Liebestod, ça ne rime pas à grand-chose. La soirée se poursuit avec deux beaux cadeaux en bis (merci à l’orchestre, qui a bien voulu les préparer) : Traüme des Wesendonck Lieder de Wagner, et L’île inconnue, des Nuits d’été de Berlioz. Derechef, Michael Spyres nous entraîne loin dans les univers poétiques des compositeurs.

Crédits photographiques © Opéra National du Rhin

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