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Avec Michael Spyres, Timothy Ridout et John Nelson, Berlioz resplendit encore à Strasbourg

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Strasbourg. Palais de la Musique et des Congrès. 14-X-2021. Hector Berlioz (1803-1869) : Ouverture de Béatrice et Bénédict, Les nuits d’été, Harold en Italie. Michael Spyres (ténor), Timothy Ridout (alto). Orchestre Philharmonique de Strasbourg, direction : John Nelson

Poursuivant son cycle Berlioz avec l’, délivre une version particulièrement raffinée des Nuits d’été avec , et un enthousiasmant Harold en Italie avec .

C’est une soirée berlozienne de plus à marquer d’une pierre blanche qu’a vécu le public de Strasbourg avec son Orchestre philharmonique. Après une Damnation de Faust en 2019 et des Troyens en 2017 qui ont eu le succès que l’on sait, et en attendant le Roméo et Juliette décalé pour cause d’épidémie, voici Les nuits d’été et Harold en Italie, (captés tous deux par Warner et Medici), avec de surcroit l’ouverture de Béatrice et Bénédict. Le compagnonnage de l’OPS avec est toujours aussi idyllique, et – autant le dire bien clairement – depuis 40 ans qu’on l’écoute, il n’a jamais été dans une forme aussi éblouissante qu’actuellement. Tous les pupitres sont excellents, homogènes, leur ductilité est un bonheur pour le chef qui les dirige, et celui-ci peut alors en tirer les nuances et les couleurs les plus variées.

Le concert commence avec l’ouverture de Béatrice et Bénédict. D’emblée, l’orchestre et John Nelson plongent dans un lyrisme puissant et joyeux, et on voudrait que l’opéra continue. Place aux Nuits d’été : chez , on ne sait pas ce qu’il faut admirer le plus entre son ambitus incroyablement étendu, le moelleux et la souplesse du timbre comme de la ligne, son français presque parfait, et sa capacité à nuancer. Chantée avec une sensibilité virile mais délicate et avec une palette d’expressivité incroyablement riche, sa version de ce cycle est tout simplement idéale. La Villanelle déborde d’ardeur juvénile. Le spectre de la rose arrive du paradis sur un crescendo sublime et dans un legato de rêve. Le lamento Sur les lagunes distille un désespoir d’une noblesse profonde et d’une longueur infinie (déchirant « mon âme pleure »…), où John Nelson, connaissant la longueur de souffle de son ténor, adopte un tempo particulièrement large. Même douleur suspendue dans l’espace avec Absence, où le timbre de Michael Spyres sait devenir diaphane. Avec Au cimetière, la voix redevient flûtée et la mélodie obsédante, langoureuse. L’île inconnue, enfin, reprend avec ferveur la joie et l’enthousiasme des grands commencements. La baguette précise de John Nelson rend particulièrement lisible les interventions des instrumentistes, et les équilibres avec la voix du ténor sont parfaits. Une telle profusion de splendeurs sonores et de subtilités poétiques aurait pu tomber dans l’artifice, mais il n’en est rien, chaque mot et chaque phrase reste habitée de sens et d’émotion. Une pareille réussite déclenche une ovation du public à laquelle l’orchestre au grand complet joint immédiatement ses applaudissements pour le chanteur et le chef. Un regret cependant : la captation de la soirée conduit Michael Spyres à se concentrer sur les micros, plutôt qu’à projeter sa voix dans l’espace considérable de la salle Erasme.

Harold en Italie a également comblé les mélomanes. Aux somptuosités de l’orchestre s’ajoutent celles d’un altiste virtuose, aux sonorités magiques. L’instrument Peregrino di Zanetto du XVIe siècle sur lequel joue produit un son fascinant, âpre, cendré, mais pouvant devenir doux, patiné et profond. Là encore, c’est une merveilleuse variété de couleurs qui est donnée à entendre, et le parcours émotionnel du premier mouvement devient une odyssée intérieure, entre gouffres, nuages et orages. Le duo alto et harpe – un moment de grâce parmi d’autres – suspend la respiration du public. La marche des pèlerins atteint une dimension mystérieuse, et les arpèges obstinées à l’alto, jouées crescendo et se finissant sur un suraigu lumineux étonnent par leur modernité visionnaire. La sérénade marque une pause jubilatoire dans les déchainements de l’orchestre, qui reprennent avec un brio exaltant dans l’Orgie des brigands. Le public, débordant d’enthousiasme, se fait réprimander par John Nelson pour avoir applaudi trop tôt… mais la soirée se termine dans la joie et la gratitude pour un concert d’une qualité aussi élevée, avec encore un petit bis de Hindemith offert par Timothy Ridout.

Crédit photographique © Gregory Massat

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Strasbourg. Palais de la Musique et des Congrès. 14-X-2021. Hector Berlioz (1803-1869) : Ouverture de Béatrice et Bénédict, Les nuits d’été, Harold en Italie. Michael Spyres (ténor), Timothy Ridout (alto). Orchestre Philharmonique de Strasbourg, direction : John Nelson

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