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Anthologie Bach par Kei Koito : Vol. VI à l’orgue historique d’Ansbach

L’éditeur Claves sort tardivement ce volume VI d’une anthologie Bach initiée voici quelques années par l’organiste . Enregistré en 2020 il nous permet de découvrir un orgue historique allemand de grande classe au travers d’une interprétation personnelle et éblouissante, comme à l’habitude avec cette interprète qui renouvelle l’approche d’un répertoire pourtant si familier.

Chaque album Bach gravé par offre un orgue historique différent, choisi méticuleusement et mettant en valeur un programme toujours varié, entre pièces à caractère profane et chorals. L’éditeur soigne le produit : iconographie, prise de son, une transcription inédite de l’interprète… L’anthologie de constitue une expérience unique pour l’auditeur qui depuis le premier volume offre une lecture totalement repensée. C’est une chose compliquée quand on songe à toute une tradition ancestrale qui affecte la manière de jouer la musique de Bach depuis des siècles. Le mouvement baroque de l’après-guerre a peu à peu bouleversé des habitudes bien ancrées où tout semblait alors avoir été dit et découvert. Pourtant de nombreux musiciens pionniers commencèrent à tenir un langage nouveau. Helmut Walcha fut sans doute le premier à ouvrir une voie nouvelle grâce à ses enregistrements commencés en 1948 pour Archiv Production sur l’orgue historique de Sant Jakobi de Lübeck. Retrouver un style perdu fut le travail d’un grand nombre de musiciens et pas seulement des organistes, dans le domaine du chant et des orchestres.

La fréquentation de tels ensembles orchestraux par Kei Koito, dont le Musica Antiqua Köln de Reinhard Goebel, a forgé chez cette organiste un style instrumental et concertant que le symphonisme avait gommé peu à peu. Le présent programme débute avec la Pièce d’orgue BWV 572. Célèbre avec ses trois parties distinctes pouvant figurer les trois âges de la vie, une lame de fond se met en place et tient l’auditeur en haleine sans relâche sur un « organo pleno » tel que Bach les aimait. Par suite les Chorals de la collection Schübler offrent sur des registrations de détails raffinées un discours mélodique subtil où la rhétorique baroque s’exprime totalement. Après ces climats apaisés, le Prélude et fugue en ut mineur BWV 546 surprend de vivacité, introduit d’une fioriture qui lance un tempo allant tel un chœur d’entrée concertant tout droit sorti d’une cantate. D’ailleurs le Prélude composé durant la période de Leipzig est à rapprocher étroitement de la Cantate « Wer sich selbst erhöhet » BWV 47 (Quiconque s’élève sera abaissé) écrite à la même époque. Avec une telle dynamique le prélude d’orgue prend ici tout son sens et pourrait être, à rebours, transcrit pour un ensemble orchestral concertant.

L’orgue d’Ansbach, en Bavière, fut construit dans les années 1730 par le facteur Johann Christoph Wiegleb. Il s’agissait lors de sa construction d’un instrument remarquable, tant par sa taille ( 47 jeux sur 3 claviers et pédalier ) que par l’originalité de sa disposition sonore. La répartition des claviers, leur accouplement, des jeux tout à fait nouveaux pour l’époque et le pays, une boite expressive : autant de nouveautés qui marquèrent tout de suite les esprits. En 2007, le facteur hollandais Reil de Heerde, a achevé une restauration en revenant au plus près de la conception originale de l’instrument, après de longs travaux de recherche historique.

Les Variations canoniques sur le choral « Von Himmel hoch, da komm’ ich her » BWV 769a sont ici présentées dans l’ordre du manuscrit autographe. Une œuvre maitresse écrite en 1748 pour l’admission de Bach à la Société savante Mizler et que Kei Koito nous livre ici dans une version rayonnante et vivifiante, se jouant des grandes difficultés d’exécution que demande cette œuvre monumentale. Pour finir c’est l’évocation du Magnificat « tonus peregrinus » qui s’exprime au travers de trois pièces : l’un des Six chorals Schübler, une fugue et une transcription d’un extrait du Magnificat BWV 243 (Suscepit Israël). Cette toute dernière pièce adaptée à l’orgue par l’interprète est une troublante conclusion à cet album, par sa registration planante et hautement émouvante.

Chaque CD de cette collection renferme, tel un signe particulier, une pièce transcrite qui montre les intimes affinités entre l’orgue et les autres compositions de Bach. Par leur équilibre et leur qualité les disques de cette collection sont à rassembler précieusement et à emporter avec soi sur une ile déserte, assurément !

Lire notre critique des cinq volumes déjà parus (du Vol. V au Vol. I) :

Bach à Erfurt avec l’organiste Kei Koito

Kei Koito retrouve Bach à Groningen

Bach par Kei Koito sur l’orgue de Haarlem

Bach et Kei Koito, rencontre au sommet

Le souffle agogique de l’orgue de Bach par Kei Koito

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