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Un Wozzeck exemplaire à Lyon

(1885-1935)

On a pu voir à l’Opéra de Lyon, coproducteur du spectacle, un formidable « Wozzeck » d’ mis en scène par , seul spectacle du dernier festival d’Aix-en-Provence à ne pas avoir été présenté au moins une fois par la faute du mouvement des intermittents du spectacle. Musicalement comme scéniquement, c’est une réussite totale qu’il ne faudra pas manquer quand le Festival d’Aix le reprendra en été 2005.

C’est certainement le « Wozzeck » le plus explicite, le plus limpide – bien que joué sur une scène noire et entièrement vide – qu’il nous ait été donné de voir. Pas de décor, un espace circulaire rouge sang délimite au sol certaines scènes de la pièce, une grande lune rougeoyante apparaît sur le mur du fond à deux moments clés de la folie meurtrière de Wozzeck, quelques accessoires, une chaise; voilà pour la scénographie de Braunschweig pour sa première mise en scène du « Wozzeck » de Berg, le « Woyzeck » de Büchner ayant été par lui remis deux fois sur le métier au cours de sa jeune carrière, à Gennevilliers en 1991 puis à Munich, Strasbourg et Francfort en 1999. Pour la mise en scène, l’action, et elle seule, continue, sans les temps morts des rideaux, des changements de décor, sans entracte. Aucune scène n’est privilégiée par rapport à l’autre et l’action se déroule d’une façon cinématographique inexorable, comme l’a voulu Berg. Pour la direction d’acteurs, un travail d’expert réglé au millimètre près sur la psychologie des personnages. La chance aussi d’avoir pu réunir sur un même plateau des chanteurs si doués pour le théâtre. d’abord qui n’a certainement pas la voix rêvée pour Wozzeck, trop belle, trop distinguée, trop claire et bien chantante; mais scéniquement il incarne parfaitement, avec sa grande silhouette dégingandée, ce personnage de victime tel que le voit le metteur en scène : « un déshérité sur terre », un homme hyper réceptif aux signaux que lui envoie la vie mais incapable de les déchiffrer. Marie aussi, magistralement chantée par , l’Isolde suédoise du dernier Festival de Glyndebourne (voir notre article) dans le contre emploi absolu, voix riche et précise sur toute la tessiture, résistant à la tentation du sprechgesang porte ouverte à toutes les facilités. Tous les seconds rôles également, parfaitement tenus, surtout le Docteur sadique et pétri d’orgueil de Walter Fink et le Capitaine hystérique de Pierre Lefèvre. Le Tambour-major de , coq de foire ridicule dans sa façon d’exhiber sa virilité et la Margret d’Hélène Jossoud, tout comme L’idiot de Eberhard Francesco Lorenz perdent leur caractère de silhouette pour devenir des personnages à part entière du drame. Á la tête du magnifique Orchestre de l’Opéra de Lyon, le jeune chef allemand fait aussi du théâtre et montre que jouer au premier degré ce que « Wozzeck » doit aux postromantiques ne le rebute pas.

crédit photographique © Gérard Amsellem