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Cent ans de Salomé : la suite…

Après Cologne, c’est le Vlaamse opera d’Anvers et Gand qui célèbre le centenaire de la création du chef d’œuvre straussien.

L’institution flamande accueille à nouveau ce spectacle crée en 2001 et coproduit avec le Staatsoper de Hambourg et le Nationale Reisopera. La mise en scène est l’œuvre de l’Allemand . Ce scénographe, à force de courir les grandes scènes et les grands festivals s’est taillé une réputation « alla Carsen » : un travail de professionnel plus solide que visionnaire. Parfois le génie est au rendez-vous comme c’est le cas avec cette production. Decker et son décorateur Wolfgang Gussmann enlèvent tout cachet oriental à l’œuvre : le ton général est un gris uniforme. Le décor unique se compose d’un immense escalier où la geôle de Jochanaan est une excavation des marches ; les chanteurs sont tous chauves à l’exception de Saint Jean-Baptiste. Les costumes sont très épurés, et certains, avec des chapeaux égyptiens très stylisés, évoquent même ceux de Robert Wilson. La direction d’acteur est efficace et propose certains moments magistraux : la Danse des sept voiles où Salomé et Hérode se livrent à une course poursuite amoureuse sur les marches, l’arrivée d’un bourreau aussi effrayant qu’imposant ou encore une scène finale tant suggestive que puissante. Les éclairages, très évocateurs, ne font que renforcer la tension.

La distribution nous offre la Salomé de la soprano autrichienne . Moins médiatique que d’autres artistes germanophones, cette grande chanteuse s’est illustrée par une Lulu d’anthologie à la Bastille et une formidable Leonore au Vlaamse opera. Comme à son habitude, elle prend le rôle à bras le corps et l’engagement scénique est total. Au niveau vocal, si certains dépassements sont audibles, on reste impressionné par cette grandiose prestation qui force le public anversois à se lever de ses fauteuils. Le baryton est un superbe Jochanaan : son timbre cuivré fait merveille dans le rôle du prophète. En Hérode, l’anglais se surpasse au risque de pousser beaucoup trop fort dans certains passages. Il campe un Hérode brut de fonderie à la limite de la déraison. Son Hérodiade, la mezzo Livia Budai, manque un peu de projection et est handicapée par son physique. Le jeune Markus Petsch est un Narraboth de style. Les rôles secondaires sont distribués avec soin : une ribambelle de jeunes chanteurs belges néerlandophones s’y illustre.

Souvent raillé pour une impéritie caricaturale qui plomba la récente Carmen, le directeur musical maison, l’Américain , est à son affaire chez . Dans la lignée de sa bonne Arabella, le musicien nous gratifie d’une prestation puissante et attentive. Cependant il n’a pas du méditer les préceptes du compositeur allemand qui voulait que l’on dirige Salome et Elektra comme du Mendelssohn, et il se plait à faire ronronner un peu trop bruyamment un orchestre du Vlaamse Opera en forme. Une belle reprise pour l’anniversaire d’une œuvre qui, cent ans après, est toujours aussi forte.

Crédit photographique : © Annemie Augustijns

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