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Les Femmes Vengées de Philidor, en tous points en contrepoints

Quelle est la chose la plus remarquable dans cet opéra-comique de créé en 1775? On ne sait trop quels partis tirer d’une partition délicieuse, à la symétrie parfaite, usant d’arias da capo et de duos langoureux. Quel plaisir de goûter à la parenté toute mozartienne d’une composition à la croisée des chemins entre le courant baroque et la période classique déjà bien amorcée. Philidor, comme on se plaît à le dire, est, à juste titre l’un des tous premiers compositeurs utilisant la « forme » de l’opéra-comique, qui trouve ses marques très vite, alternant morceaux chantés et dialogues échangés en vers, nécessitant une déclamation « à la française ». Alors que le genre vient de prendre naissance, son style est très affirmé dès le départ. Le sujet, issu des Rémois de La Fontaine, est un strict négatif (au sens photographique) de Così : les femmes, ici, sont maîtresses du jeu, et ce sont elles qui pourraient bien décider de duper leurs maris, si la liberté de ton adoptée n’était censurée par la noblesse du cœur. Madame Riss fait croire à deux galants qui lui font une cour pressante que le dîner auxquels elle les convie se fera en compagnie de charmantes demoiselles. Souhaitant mettre en évidence leur infidélité vis-à-vis de leurs femmes respectives, Madame Riss invite tout simplement celles-ci, qui vont, de plus, être la cible des déclarations passionnelles de Monsieur Riss quand son épouse est partie chercher du vin. C’est donc une sorte de gloire au libertinage badin auquel s’adonnent tous ces amuseurs, et dont la morale se décline sur le thème de tel est pris qui croyait prendre. Cette audace dans l’écriture, qui n’est pas sans évoquer le contemporain Marivaux, empêcha même la représentation de l’œuvre dans plusieurs villes de province. La brillance de la partition, oscillant entre une urgence dramatique très voisine de Gluck et la perfection des lignes classiques, s’appuie un texte très travaillé, et c’est un petit bijou issu de l’esprit des Lumières qui fait miroiter toutes ses splendeurs dans un spectacle d’une concision efficace.

Pour servir l’action, fait valoir une jolie voix de coloratura, avec extrapolation de notes stratosphériques et petit clin d’œil à la Reine de la Nuit lors d’une vocalise à l’aigu acéré lors de son air principal. La commandante d’action, Madame Riss, avec toute la bonne volonté qu’il faut pour mener une telle entreprise de ruse et de finesse, est incarnée par une ravissante , tandis que se montre polissonne à souhait dans le rôle de Madame Lek. Le pendant masculins de ces trois chanteuses ne démérite pas non plus : que ce soit , dont la voix montrera bien plus d’intérêt avec la maturité, avec une puissance vocale plus importante à acquérir pour aborder les grands rôles, , à la voix posée et possédant un jeu d’acteurs probant, ou (qui assure une mise en scène astucieuse et facilitant le dénouement de l’action), qui ose même mixer les notes aiguës, le panel des artistes réunis pour cette soirée est nourri par la superbe orchestration dont la direction est assurée par , désormais directeur artistique du Festival Musique Baroque en Vendée, qui conjugue la représentation dans l’esprit de l’époque. Par de si louables initiatives, l’opéra-comique récupère des lettres de noblesse qu’il a bien du mal à réacquérir dans le pays qui l’a pourtant créé, avec des actions audacieuses et saluées par le public, qui reconnaît là un spectacle de qualité qui marie sagacité et plaisir complice.

Crédit photographique : © Pierre Majek