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Adelaide di Borgogna, rareté rossinienne au festival d’Edinburgh

Le festival d’Edinburgh met la ville en ébullition : théâtre, danse, opéras, concerts, récitals, conférences s’emparent de la ville envahie par les touristes. Rien que pour la seule journée du 19 août, et seulement dans le champ de la musique classique, le festival proposait un superbe récital matinal de Magdalena Kozena (accompagnée de Malcom Martineau), Le Lac des cygnes par le Pennsylviana Ballet, Curlew River de Britten, et cette version de concert de Adelaide di Borgogna.

Il n’est pas étonnant que le Usher Hall ne fasse pas le plein dans ces conditions. La firme Opera Rara ayant placé ses micros dans la salle (comme elle le fit pour Zelmira il y a quelques années) annonce la sortie de l’enregistrement pour novembre 2006. Il viendra grossir le catalogue de raretés que la firme britannique consacre au bel canto romantique. Sauf erreur, Adelaide di Borgogna a été donnée par le trio Devia-Dupuy-Zedda pour la dernière fois à Paris en version de concert il y a presque 20 ans! Cet opéra n’est pas le chef-d’œuvre absolu de Rossini. Il faut dire qu’en cette année 1817 le compositeur de Pesaro avait déjà créé La Cenerentola, La Gazza ladra et Armida ! On sait qu’il composa dans l’urgence et qu’il donna même certains passages secondaires à composer à des collaborateurs. La partition n’est donc pas géniale de bout en bout mais exige néanmoins des chanteurs rompus au bel canto.

On retrouve les artistes «maison» qui ont souvent enregistré chez Opera Rara. remplace Annick Massis initialement prévue. Cette soprano ne manque pas d’aplomb ; sans posséder les suraigus de Devia, elle fait face aux vocalises les plus périlleuses grâce à une solide technique de respiration. Elle se tire avec les honneurs de l’air très difficile du deuxième acte Se grate son le lagrime. n’est pas en reste quant à la virtuosité, les variations dans les reprises, sans pour autant sacrifier l’implication dramatique. Au rôle d’Ottone revient l’honneur de conclure le drame en lieto finale par un air brillant. Il faut d’ailleurs noter la parfaite complicité de ces deux artistes, notamment dans leur charmant duo du premier acte : Mi dai corona e vita. La jeune n’a que deux petits airs plutôt insignifiants mais elle les défend correctement.

Du côté des voix masculines, n’a qu’un air bien plat et des ensembles, mais cette jeune voix devrait se développer dans les années à venir. Restent les ténors : laissons de côté la très courte intervention de Ashley Catling, et parlons du vétéran Bruce Ford. La voix n’est plus celle d’il y a quinze ans, l’audace dans les aigus a disparu ; le seul ut qu’il émet sera dans une vocalise rapide et trop bas. En revanche reste un métier du beau chant, la science du souffle et l’art de phrasé, ce qui est déjà bien.

Dès l’ouverture nous devinons que le maestro Carella défendra cette partition, même mineure, avec amour et dynamisme. Grâce à ce chef on ne s’ennuie pas un instant. L’orchestre et le chœur le suivent dans sa démarche avec un professionnalisme remarquable (mention spéciale au pupitre des vents). Une fois de plus remercions la Fondation Peter Moores qui soutient les projets courageux d’Opera Rara et nous permet d’entendre des œuvres rares.

Crédit photographique : © Henry Fair

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