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Simon Rattle en guide de la musique orchestrale du XXème siècle

En France, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, peintres, poètes et musiciens développent un style nouveau, souvent qualifié d’» impressionniste ». Emanciper la forme, assouplir la structure, trouver d’autres moyens d’écrire, travailler la lumière musicale, sont les objectifs des compositeurs de cette époque. Quelles incidences ont eut ces nouveautés sur le présent? Comment peut se définir la couleur en musique? Ce DVD de près d’une heure, nous montre à travers le regard de à la tête du , huit œuvres témoins de cette extraordinaire révolution au tournant du siècle passé jusqu’à nos jours.

Pour illustrer le poème de Stéphane Mallarmé, le Prélude à l’après-midi d’un faune est dédié à R. Bonheur (1851-1939), compositeur et ami intime de Debussy. Lors de la première audition, le 22 décembre 1894, à Paris, à la Société Nationale de Musique, sous la direction de Gustave Doret, le morceau fait un triomphe, et les applaudissements réclament avec vigueur un bis rubis sur l’ongle. Debussy avait souhaitait écrire un triptyque sur le poème, mais seul le Prélude vit le jour. Le faune dessine ses rêves dans la chaleur d’un après-midi. La musique moderne vient de naître, personne n’y songe, même si les critiques profitent de la seconde audition pour analyser cette œuvre farouche qui se dérobe à l’académisme analytique du moment. Les accords coulent avec fluidité, et la nouvelle vision de la forme en musique apparaît. Hormis un travail harmonique novateur, il prend très tôt conscience que le son, en tant que timbre, doit avoir le temps de se déployer, d’exister pour rayonner toute la dimension de sa nature. Debussy est certainement l’un des premiers à ouvrir la porte de la texture et de la flexibilité des sonorités. A la même époque, Diaghilev, promoteur et directeur des ballets russes, demande à Stravinsky, alors âgé de 26 ans, d’écrire une heure de ballet, adaptant ainsi un célèbre conte russe : l’Oiseau de Feu. L’œuvre, dédiée au fils de Rimsky-Korsakov, est créée à Paris, le 25 juin 1910, et remporte un succès immédiat. Très influencée par Debussy et Scriabine pour les harmonies, l’œuvre reflète le panache or et flammes de cet oiseau merveilleux. Déjà les traits stylistiques du jeune compositeur sont là, rythmes syncopés, déplacés, asymétriques, irréguliers et inhabituels pour l’époque qui voient leur accomplissement dans le Sacre du Printemps. Stravinsky soulève toujours le primaire dans l’homme ; « Jeune sauvage » pour Debussy, sa musique est « rapace et carnivore » pour , mais tous sont unanimes, sa musique est extraordinaire. Avec Daphnis et Chloé, Ravel explore sa vaste culture de la musique grecque, romaine et chinoise. Simon Rattle traite ici du fameux Lever du soleildont Ravel disait avec ironie et amusement : « Ce n’est qu’un accord de ré majeur avec sixte ajoutée ». Ce simple accord subtilement orchestré provoque toujours une intense émotion à l’audition et témoigne de l’orchestrateur génial qu’il était. Sensible, Stravinsky la note d’ailleurs comme « l’une des plus belles pages de la musique française ». Bien sûr, ne se suffit pas de la réalité. Il est de ceux qui pensent que l’imagination est essentielle, et sans limites. Les ruisseaux, les chants d’oiseaux, l’éveil de la nature qui filent sur cette ouverture devancent sans nul doute l’ardent désir d’ de cataloguer les chants d’oiseaux du monde entier.

Arnold Schœnberg, peintre amateur aux forces de claustrophobie, écrit ses Cinq Pièces pour orchestre en 1909. Il y aborde la couleur par l’orchestration, en changeant d’instrumentation sur un même accord. Alors que écrit à 21 ans ses Notations pour Piano, Simon Rattle le décrit comme un homme recherchant la précision ultime, la concision et l’esprit d’économie du langage. Mais, l’intelligence de Simon Rattle est de montrer que n’est pas un compositeur psychorigide comme on peut parfois à tort le penser, mais bien au contraire, un homme qui change, et sait diriger ses propres pièces avec humour et recul. Il dévoile également l’un des concepts clés de ce compositeur, celui d’une certaine vision neurologique de la perception : soit on perçoit le tout dans sa globalité, soit on perçoit les parties dans leur multiplicité, et le compositeur de Notations a clairement fait son choix, celui de la multiplicité génératrice. Pour , Simon Rattle a choisit Et Expecto resurectionum mortuorum, pour instruments à vents et percussions métalliques. Selon le chef d’orchestre, ce groupe de jazz céleste représente bien la manière de penser du compositeur ornithologiste. Enfin, qui écrit son œuvre Dream/window, suivant le cycle du karma, « revenir au point de départ ». Il illustre son approche compositionnelle en la comparant à une promenade en cercle dans un jardin zen et non en ligne droite.

Pour Simon Rattle, le style français oscille entre figuralisme pastoral, génie des orchestrateurs russes, sens aiguë de la couleur, qu’elle soit orchestrale ou harmonique, ouverture socio-musicologique des compositeurs français eux-même. Notons qu’une petite erreur s’est glissée dans les biographies en bonus sur le DVD, la photo du compositeur n’est pas la sienne, mais la biographie illustre bien sa vie. Voici un DVD qui donne une vue d’ensemble de la musique « à influence française » très claire et efficace. Elle s’adresse surtout aux mélomanes ou aux étudiants. Malgré une imprécision musicologique proche de celle trompeuse des impressionnistes, le documentaire reste fort intéressant, les transitions subtiles, et permet aux musiciens d’admirer la direction de Simon Rattle, et sa passion pour le sens profond du discours musical.