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Peter Grimes par Colin Davis, l’expérience et la rigueur

Le label LSO live permet au chef d’orchestre Sir de remettre sur le métier différents opéras qu’il avait gravés au cours de sa longue carrière. Dans le cas de Peter Grimes, tout comme dans celui des Troyens d’Hector Berlioz, la situation était passablement compliquée car le maestro était déjà l’auteur de versions définitives de ces œuvres. Et tout comme le récent enregistrement des Troyens surpasse la précédente version, cet album Britten surclasse le pourtant très beau coffret Philips avec l’immense John Vickers en soliste. Alors que le plus célèbre opéra de Britten s’impose sur les scènes lyriques mondiales, l’enregistrement de ce chef d’œuvre reste l’apanage de solistes et de formations britanniques. Seul le néerlandais Bernard Haitink, s’est risqué de manière moyennement convaincante, mais avec les forces du Royal Opera House de Covent Garden, dans l’aventure discographique (EMI).

Peter Grimes apparaît comme un opéra de chef. Les différents climats de la partition doivent être rendus avec force et finesse alors que le chef d’orchestre doit porter le drame jusqu’à son dénouement final. À ce titre là, l’auditeur est largement comblé. Aidé par un Orchestre Symphonique de Londres en état de grâce, Sir fait sonner cette musique, et soulève des vagues de tensions et des teintes crépusculaires de la moindre note. La distribution, d’un très haut niveau, s’affirme d’une grande homogénéité. On peut saluer le luxe d’un cast qui s’offre les jeunes et prometteurs et pour interpréter des rôles secondaires. ne possède pas le plus beau timbre du moment, mais son indéniable charisme et sa subtile musicalité font de lui l’un des meilleurs titulaires actuels du rôle de Peter Grimes. Il campe un Peter Grimes désabusé, mais volontaire face aux évènements qui l’accablent. lui donne la réplique parfaite en Ellen Orford, personnage dont elle rend à merveille les différents états d’âme. Artiste toujours convaincant dans chacun des rôles de son immense répertoire, est le Balstrode parfait tant au niveau de l’expression musicale que de l’incarnation des personnages. Les nombreux rôles des machiavéliques villageois sont tous tenus avec le même engagement et une identique perfection musicale. Le se présente sous son meilleur jour : puissance, richesse des couleurs et homogénéité. Les timbres de la musique de Britten semblent bien convenir à l’acoustique revêche du Barbican Hall de Londres. La prise de son est excellente, exploit très rare pour un opéra enregistré en concert.

En attendant la prochaine version enregistrée par Simon Rattle au Festival de Pâques de Salzbourg (à paraître chez EMI), ce coffret vendu à prix doux, s’impose comme la nouvelle référence discographique de l’œuvre. On n’en oubliera pourtant pas, le précédent témoignage de Sir Colin Davis et surtout la version historique dirigée par Britten avec Peter Pears dans le rôle titre (Decca).