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Le magicien Humperdinck par Armin Jordan

est passé à la postérité comme le compositeur d’un seul opéra : Hänsel und Gretel (1893). Si cette création lui apporta un prestige mondial, ses autres essais lyriques : la Belle au bois dormant (1902) ou le Mariage Forcé (1910) furent des échecs. Le compositeur ne retrouva que partiellement le succès avec ces Königskinder créés au Metropolitan Opera de New York en 1910, peu de temps après la première audition de la Fanciulla del West de Puccini. Reprenant le thème féerique d’Hänsel und Gretel, cet opéra qui voit la mort des deux principaux héros s’avère d’un tout autre pessimisme sur la nature humaine. La partition fut créée avec un triomphe incroyable, la presse américaine parlant même de la plus importante partition lyrique allemande depuis Parsifal ! Repris dans quelques grandes villes (Berlin, Prague, Boston, Buenos-Aires, Amsterdam, Budapest, Bruxelles, Vienne…), l’œuvre tomba rapidement dans un oubli général d’où n’émergeaient que quelques réalisations radiophoniques ou productions de scènes secondaires. Espérons que l’année 2005 qui voyait, outre cette réalisation du Festival de Radio France et Montpellier, une nouvelle production de grand luxe au Staatsoper de Munich, marquera l’amorce d’un retour de cette très belle œuvre au répertoire des maisons d’opéra.

Fortement influencé par Wagner avec l’utilisation de Leitmotive, la partition regarde aussi vers une influence folklorisante qui confère à l’orchestration une transparence et une fluidité assez remarquables, alors que la nomenclature orchestrale est pourtant des plus imposantes. Les trois préludes aux trois actes donnent un bel exemple du génie d’Humperdinck en matière d’instrumentation. La discographie de la partition pouvait jusqu’à présent compter sur deux réalisations munichoises de très haut niveau sous la direction de Heinz Walberg pour EMI (avec une distribution de prestige où l’on retrouve ) et un coffret Profil Medien où officie l’inégal Fabio Luisi. Cette présente version conduite plutôt lentement mais de main de maître par le toujours excellent s’impose d’emblée comme une nouvelle référence. On sent que l’orchestre de Montpellier ne possède pas les automatismes naturels à cette musique lyrique éminemment germanique, mais ses couleurs et ses timbres servent la beauté de l’orchestration. La très vaste distribution est d’un très haut niveau mais il faut saluer la prestation de qui confirme son statut d’étoile montante des ténors : le timbre est souverain et la musicalité parfaite. Ofelia Sala, aidée par un timbre léger et fluide, est une parfaire gardienne d’oie alors que l’expérimentée se révèle une sorcière digne d’éloges. Le reste de la distribution, ainsi que les prestations chorales du chœur d’enfant Opéra Junior et du chœur de la Radio Lettone sont au-dessus de tout reproche.

En l’absence d’une diffusion régulière des deux autres enregistrements cités, ce coffret est à recommander chaleureusement alors que l’on espère retrouver bientôt sur scène cette superbe partition.