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Les voix de demain ?

Soirée Massenet par l’ de l’Opéra de Paris

Divine surprise que ce concert au titre pourtant bien peu évocateur de » la Belle Epoque de l’Opéra-Comique » ! Qu’entend-on généralement par le terme Belle Epoque ? L’entre-deux-guerres ? Allait-on entendre des refrains d’opérette, des extraits de Phi-Phi ou de divers ouvrages d’ ? Pas du tout, le titre se réfère au véritable âge d’or, à l’époque bienheureuse de l’Opéra-Comique, celle de  !

Ainsi entend-on, avec une félicité sans mélange, une bonne partie de l’acte III de Werther, à partir de l’air des lettres jusqu’au départ précipité du héros, « il est doux, il est bon » et « vision fugitive » extraits de Hérodiade, l’acte V de Don Quichotte et presque tout l’acte III de Manon, un extrait de ballet espagnolisant avec castagnettes obligées comme Massenet en a tant composé, celui-ci extrait du Cid, et quelques œuvres de quasi-contemporains : le duo « doute de la lumière » et toute la scène de la folie d’Ophélie extraits de Hamlet d’, la valse de Juliette de Gounod, et un Nocturne de pour mezzo-soprano et orchestre. Rien que du bonheur !

Cerise supplémentaire sur le gâteau de ce programme aussi enthousiasmant que rare : il s’agissait d’un tremplin pour les jeunes voix de l’ de l’Opéra National de Paris. Ainsi entendions nous se mesurer à ces rôles mythiques ceux qui seront peut-être les stars de demain. Et c’est là que la tâche du chroniqueur s’arrête. Car les jeunes chanteurs sont si fragiles qu’il suffit d’un mot pour les assassiner. Aussi, c’est volontairement que nous ne citerons pas de noms, nous bornant à des considérations générales. Tout au plus dira-t-on que les éléments féminins nous ont semblés plus intéressants que les éléments masculins, en particulier les coloratures légères typiques de l’école française, peut-être parce qu’interpréter ces rôles nécessite plus de technique que d’âme, et que celle-ci s’acquiert plus facilement que celle-là.

Car, des douze jeunes voix écoutées ce soir-là, nous avons entendu tout ce qui pouvait s’entendre : d’une voix qui attire soudain l’attention à une autre dont on peut penser que le matériau n’est pas suffisant pour faire carrière, en passant par du bien, du joli, de l’honnête, du pas terrible ; des beaux timbres, des coloratures précises, claires et justes, quelques approximations, des notes plus ou moins tirées… Hélas, tous ont un (mauvais) point commun, à degré plus ou moindre : la diction. Le cast est international : italien, argentin, américain, russe, anglais, moldave, ukrainien, allemand, néerlandais, français, mais on peut penser que tous se sont inscrits à Paris dans le but d’apprendre le style d’école française, fait de clarté de l’émission et de poids du mot. Or, malheureusement, aucun n’en maîtrise même les bases ! Et s’il est excellent, merveilleux, de sensibiliser ces jeunes artistes à un répertoire monstrueusement négligé, encore faut-il qu’ils en possèdent les clés ! Bref, que de travail encore à venir ! Et que de travail déjà accompli, pourtant !

On sait tous l’affection du talentueux pour l’opéra français du XIXe siècle. Il communique cet amour à l’Orchestre Atelier OstinatO, qui dans l’acoustique privilégiée de l’Opéra-Comique, la salle la plus attachante de Paris, sonne magnifiquement. Chacun de ses membres semble très concerné, joue comme un soliste, et maîtrise parfaitement le style. Quant aux chanteurs, les couve, les enveloppe, les soutient, fredonne avec eux, pour en tirer le meilleur d’eux-mêmes.

En dehors d’un beau programme, nous n’avons pourtant pas eu l’impression d’entendre lors de ce concert les solistes de demain, mais plutôt les futurs seconds rôles, voire les prochains oubliés. On aimerait tant dans dix ans, recevoir la visite de l’un de ces (ex) jeunes chanteurs, nous dire que nous nous étions trompée !

Crédit photographique : © Opéra National de Paris