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La Flûte enchantée par William Kentridge, un bon spectacle de répertoire

Nouvelle reprise de la production de la Flûte enchantée due à l’artiste sud-africain , créée en ces murs au printemps 2005 et repris dès le mois de septembre de la même année. Après des visites à Lille, Caen et Naples, ce spectacle rentre juste d’une série de représentations à la Brooklyn Acamedy of Music de New-York, porte des avant-gardes européennes sur le Nouveau continent. Si le fidèle de la Monnaie pouvait regretter une nouvelle reprise de ce spectacle, les amateurs d’opéras et les néophytes se sont rués sur cette Flûte enchantée complète dès les premiers jours de l’ouverture de la location.

Second ouvrage lyrique porté à la scène par Kentridge, après le très expérimental Retour d’Ulysse, cette Flûte est une belle réussite dramatique. Evitant, fort heureusement, le piège de la relecture radicale, Kentridge situe l’action à l’époque coloniale. Sans témoigner des sommets de direction d’acteurs (ce n’est au fond pas sa formation), l’artiste sait faire bouger des acteurs avec simplicité, tact et surtout humour et légèreté. Les scènes d’ensemble sont assez statiques, mais cette scénographie peut tout de même donner des leçons de dramaturgie à des metteurs en scène bien plus en vue ! Le clou de ce spectacle réside dans les magnifiques projections tirées de dessins animés et des fusains de l’artiste. Ne desservant jamais l’action, ces magnifiques animations donnent un cachet poétique et suggestif à la pièce. Il faut également noter un superbe travail sur les lumières. Absolument pas bardé de prétentions intellectuelles fumeuses, ce spectacle est une production de répertoire rêvée pour toute maison d’opéra.

Musicalement, ce n’est pas Byzance. Le principal fauteur de troubles est le chef d’orchestre . Ayant assisté René Jacobs lors des représentations pionnières de 2005, il semblait la meilleure personne à même d’assurer la réussite de la reprise ; las ! Sa direction rapide et sèche n’encourage nullement la musique. L’orchestre de La Monnaie, fort désappointé, livre une toute petite prestation. Après l’échec de Paul Daniel dans l’Enlèvement au Sérail au début de la saison, Mozart n’aura pas été à la fête cette année à La Monnaie.

Le plateau composé de jeunes chanteurs est homogène, mais sans aucun éclat de génie particulier. Ces chanteurs sont de bons musiciens, ils se tirent avec les honneurs de leurs parties à l’image du bon Tamino de , mais ils ne sont guère charismatiques. On sera bien plus réservé sur certaines prestations dont celle d’une Reine de la nuit aux aigus étriqués, il en va de même pour les trois dames, un peu frustes.

Avec ce spectacle, se tourne une page au théâtre de La Monnaie. Directeur depuis 1992, Bernard Foccroulle cède sa place à . Changement de style et de génération ! Succédant à Gerard Mortier qui avait restauré le prestige, mais vidé les caisses du théâtre bruxellois, Foccroulle aura réussi à maintenir La Monnaie en tête des maisons d’opéra. Sa grande force aura été de s’assurer la collaboration de deux fortes personnalités au pupitre de la maison : Antonio Pappano et Kazushi Ono qui auront assuré un haut niveau des directions musicales. De son côté, le chœur, longtemps dirigé par Renato Balsadonna, est l’un des meilleurs chœurs lyriques d’Europe.

Crédit photographique : (Tamino) & (Pamina) © Johan Jacobs