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Sonia Wieder-Atherton & Jan Talich : il n’y a pas que Kodaly qui m’aille !

Théâtre comble aux Bouffes du Nord pour entendre et dans un répertoire rare mêlant l’intensité du violoncelle et la voix brillante du violon. Le programme était d’ailleurs à ce point original que le public dérouté applaudit chaque mouvement des deux Duos de et de comme autant d’œuvres distinctes, et sembla en déduire que la Suite italienne de Stravinsky, donnée en seconde partie, était un bis d’une longueur aussi généreuse que d’une origine non identifiée.

et prennent le Duo n°1 de Kodaly à bras le corps. Ils se jouent des variations rythmiques du premier mouvement, restituent toute leur saveur à ses accents folkloriques. Ils donnent ensuite tout son poids à la déploration de l’Adagio où le violon plane suspendu dans des aigus d’éther avant de rejoindre le socle mélancolique du violoncelle. Après des accords répétés et dramatiques du violoncelle, le temps semble suspendu, puis s’accélère, tout s’emballe avant que les instruments se rejoignent à l’unisson. On entend aussi comme un balancement métallique et rouillée dans une atmosphère dévastée, une invention qui rappelle que ce Duo prépare la grande Sonate pour violoncelle seul de 1915. Le Duo a en effet été composé durant l’été 1914, et son Adagio paraît bien être le commentaire direct de cette période de toutes les tensions. Le Finale, léger et virtuose, propre à mettre en valeur les musiciens et leur assurer le succès, étonne par son caractère extérieur. Si le jeu farouche et l’engagement physique de Sonia Wieder-Atherton capte immanquablement le regard, il n’est pas de grand musicien de chambre sans la capacité de choisir d’excellents partenaires. A cet égard, le Premier Duo pour violon et violoncelle de Martinu, composé en 1927, établit un dialogue, une entente particulière entre les deux instruments. Leurs voix se mêlent étroitement, non pas amoureusement mais en partenaires sensibles, et quand le violoncelle se voit donner un grand solo dramatique, Martinu offre aussitôt après au violon des trilles et des effets virtuoses afin qu’il puisse rappeler à tout un chacun qu’il reste le prince des instruments. Le second mouvement Rondo et Allegro con brio, plus classique, plus équilibriste est aussi plus chantant et l’enchevêtrement des lignes mélodiques est particulièrement réussi. Tout au long de l’œuvre, Sonia Wieder-Atherton et Jan Talich jouent (dans le double sens musical et ludique) en parfaite intelligence.

Après une première partie aussi dense artistiquement, il était difficile pour une transcription romantique de la Passacaille de Haendel par un compositeur norvégien du XIXe siècle, puis à la Suite italienne de Stravinsky (transcrite par le compositeur à partir de son ballet néo-classique Pulcinella), de rivaliser. En « vrais » bis et pour compléter ce panorama du répertoire pour violon et violoncelle, le public se vit offrir une Berceuse de Glière qui aurait été réellement soporifique si seulement elle avait été plus longue, et Les Gouttes d’eau la toute première œuvre de Sibelius. Composée à l’âge de 9 ans en 1875, cette très courte pièce amusante, toute en pizzicati – les gouttes d’eau ! – finissait la soirée par un clin d’œil malicieux.

Crédit photographique : © Jean-Baptiste Mondino