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Une résurrection sensationnelle…

Alors que vient récemment de conclure son intégrale Mahler pour Deutsche Grammophon par une grandiose Symphonie « des Mille », Euroarts publie un enregistrement DVD d’un concert mémorable donné par le chef français à la Philharmonie de Berlin, le 26 mars 2005, à l’occasion de ses 80 ans. Programme symbolique lors ce dimanche pascal, avec la puissante Symphonie n°2 « Ressurrection » de Mahler, interprétée par la Staatskappelle de Berlin, le Chœur de l’Opéra de Berlin, les solistes et .

Tout n’est pas parfait dans cet enregistrement réalisé dans les conditions du direct, et pourtant on aura rarement expérimenté une interprétation aussi intense de cette symphonie sur le plan émotionnel. C’est une vraie émotion de concert que nous reproduit ce DVD, une émotion à la fois simple et complexe, tissée par une multiplicité d’éléments anodins en soi, mais magiques lorsque liés les uns aux autres : gigantisme de la salle de concert, concentration sublime et silencieuse du public, la voix de qui surgit d’on ne sait où, le triple pianissimo et les visages illuminés des choristes qui entonnent l’hymne de la résurrection… Soulignons aussi l’extraordinaire travail du réalisateur vidéo, ses changements de plans intelligents et ses zooms progressifs calqués sur la lente culmination dramatique de la musique, jusqu’à l’apothéose finale de la symphonie, l’un des moments les plus puissants de toute l’histoire de la musique. Seul un homme reste impassible, conserve de bout en bout un réel stoïcisme, et une curieuse apparence d’inexpressivité : qui se contente, comme à son habitude, de battre la mesure par une lecture très analytique de la partition, sans montrer la moindre émotion. Mais en s’effaçant ainsi, il prouve toute la force intérieure de la partition, qui se suffit à elle-même, et grâce au talent de ses exécutants, il laisse éclater tout le génie de Mahler.

A la différence du final de cette symphonie quelque peu inégal dans l’enregistrement de 2006 par Boulez avec le Philharmonique de Vienne, dont on a regretté la raideur et le manque de relief notamment, cette version-ci mérite tous les louanges. De la première à la dernière note, malgré quelques imprécisions, la tension dramatique va en s’amplifiant sans jamais perdre de sa force. L’entrée du chœur est absolument magique, les interventions de Petra Lang et de sont sublimes, et l’orchestre se montre solide et brillant jusqu’au bout. Tous nous font vivre une expérience sensationnelle. Frissons et émotions assurés pour tout adepte de cette symphonie.