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A la recherche de l’Enlèvement et du Sérail !

Die Entführung aus dem Serail

Mais qu’est ce que l’Enlèvement au Sérail a pu faire aux metteurs en scène ? Depuis que nous usons nos fonds de pantalons sur les scènes lyriques d’Europe, il faut reconnaître que cette partition en subit de toutes les couleurs : de l’historicisme daté, de la fête de patronage, des fantaisies lourdingues, des relectures d’avant garde ou bien encore de l’ennui branché…

C’est dire que l’on abordait avec de très grandes craintes, cette nouvelle production du Nederlandse Opera réglée par Johan Simons, l’actuel directeur du NTGent, l’une des scènes majeures du théâtre belge en langue néerlandaise. Ce nouveau spectacle vient après un Simon Boccanegra parisien qui avait déchaîné les passions ; le commentateur note au passage que bien que sexagénaire, Simons n’aborde ici l’opéra que pour la seconde fois ! Globalement, il réussit plutôt bien son Enlèvement et il nous gratifie de forts beaux moments. La direction d’acteur est fouillée et ultra virtuose alors que l’ambiguïté des relations entre Blonde et Osmin ou entre Selim et Konstanze apparaît clairement au grand jour. La scénographie nous replace dans un Orient très second degré, souvent kitch, tandis que le dernier acte se déploie sur la nudité aride du plateau. N’oubliant pas l’humour et le burlesque propre à cet opéra, le régisseur propose quelques gags qui divertissent tout en évitant la lourdeur. Deux reproches viennent tout de même émailler ce plaisant travail : les caractères du Pacha et d’Osmin sont un peu trop tirés à gros traits. Ainsi Selim apparaît comme un gosse de riche « pourri gâté », impulsif et surtout très très maladroit. On peut se demander ce que Konstanze peut lui trouver d’attirant ? Il en va de même d’Osmin réduit ici à un ventripotent grossier. Enfin, curiosité des mises en scènes modernes, un figurant jouant les aides d’Osmin se frotte physiquement à Konstanze et Pedrillo lors du dernier acte…La justesse de ton de la mise en scène n’avait nullement besoin d’un tel ajout.

Musicalement, le plateau était porté par la direction millimétrée et hyper intellectuelle du jeune . A juste trente ans, ce chef remarqué lors d’une excellente Alceste de Gluck à Stuttgart confirme sa haute intelligence musicale et son attention à la dramaturgie même si l’on aimerait un peu plus d’instinct et moins de neurones en délire dans sa battue. Habituée du rôle de Konstanze, l’Américaine ne possède plus son agilité vocale d’antan, mais elle connaît les moindres recoins du personnage alors que son charisme scénique emporte l’adhésion. , peu économisée par la scénographie, propose un timbre délicieux et des aigus faciles. Son Pedrillo (Michael Smallwood) lui répond avec la même aisance vocale renforcée d’un timbre mozartien du plus bel effet. Dans le délicat rôle de Belmonte, , tire son épingle du jeu malgré un certain manque d’impact en termes de projection et de couleur de la voix. La basse connaît, lui aussi, son rôle d’Osmin sur le bout des doigts, même si l’éclat de la voix s’éraille quelque peu aux extrémités de la tessiture.

Certes, cet Enlèvement au Sérail ne pourra certainement pas révolutionner la dramaturgie mozartienne, mais dans le désert scénique actuel qui entoure cette œuvre, cette production est une très belle réussite.

Crédit photographique : © Monika Rittershaus