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Une Gioconda, technicolor et grand spectacle

Teatro Real

En ce beau soir de dimanche électoral espagnol, l’élégantissime public madrilène se pressait pour assister à la dernière représentation de la célèbre Gioconda de Ponchielli au Teatro Real. Très rare sur les scènes, la partition exige une équipe vocale de haut vol que la scène de Madrid a globalement réunie. Même si, individuellement, on pointe certaines limites, cette distribution s’avère solide et homogène.

Voix imposante parfois un peu encombrée d’un certain vibrato excessif, qui a enregistré l’œuvre pour EMI avec Placido Domingo, offre le témoignage d’un beau timbre de velours et une présence dramatique parfaite. Il lui manque juste un peu plus de sensualité dans le chant pour nous toucher un peu plus. , se tire avec maestria du rôle de la mère de Gioconda alors que , livre une belle prestation malgré un certain manque de projection. Du côté des hommes, est un très bon Barnada, fin et musical, en dépit d’un timbre assez commun et Carl Tanner est un peu avare de fraîcheur vocale aux extrémitées aigues de la tessiture. Du côté masculin, le plateau était dominé par qui incarne un chef de l’Inquisition vocalement souverain. Les autres rôles étant quant à eux distribués avec grand soin. Dans la fosse Evelino Pido met un peu de temps à se chauffer. Dans les deux premiers actes, il se montre attentif au chant et à l’allègement des textures mais il semble plus s’écouter, diriger que chercher un véritable influx dramatique. Mais lors des deux derniers actes, métamorphosé, il transforme son orchestre en lave incandescente. L’, résident au Teatro Real, lui répond avec de belles couleurs et une belle dynamique.

Fruit d’une co-production avec le Liceu de Barcelone et les Arènes de Vérone, la scénographie est résolument classique. Tout est très littéral vis-à-vis des indications du livret et le plateau est très animé par de multiples mouvements. Certes, pour des yeux habitués aux mises en scène modernes, ce travail assez gratuit avec sa débauche d’effets de masse et de décors, pourrait paraître passéiste. Mais l’œuvre, très caractéristique de son temps et dont l’histoire est historiquement difficilement transposable, sort grandie de cette production bien troussée et « dramaturgiquement » juste. L’inévitable « danse des heures » est réglée avec soin par Gheorghe Iancu. De facture très classique, elle soulève l’enthousiasme du public, portée par le talent peu commun des deux danseurs principaux.

Crédit photographique : © Javier del Real