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Tannhäuser : Répertoire, faste et Philippe Jordan

En marge des nombreuses nouvelles, et souvent prestigieuses productions, qui marquent la saison du plus réputé des opéras berlinois, il est toujours intéressant d’assister à une soirée de répertoire. La présente production, remonte à 1999, mais elle propose un grand nom de la mise en scène : resté célèbre pour son Ring post nucléaire à Bayreuth, puis à Berlin et Barcelone. Curieusement alors qu’il avait si brillamment réussi le Ring qui est pourtant un sacré tour de force dramaturgique, le scénographe n’a visiblement pas grand-chose à dire dans Tannhäuser ! Les premier et dernier actes sont très statiques avec des images vues et revues avec des pèlerins habillés comme des réfugiées des années 1930-1940. Seul l’acte II et le concours de chant sont très réussis avec de beaux effets de masse et de l’humour tel ce couple d’invité retardataire qui se fait piteusement remarquer.

Mais l’intérêt de cette soirée était musical, chef invité au Staatsoper Unter den Linden, assurait la conduite de cette soirée. L’ouverture fait craindre le pire : lente et plutôt appuyée, mais le propre de ces soirées de répertoire, c’est que la machine se chauffe progressivement et dès l’acte II, le jeune musicien a trouvé le rythme de croisière pour imposer une tension et un lyrisme incandescent. Certes, c’est un peu rapide, mais un Wagner altier et conquérant emporte tout sur son passage. L’orchestre connaît cette œuvre comme sa poche et c’est un véritable régal de couleurs mitteleuropa ! Une standing ovation amplement méritée récompensa cette exceptionnelle prestation orchestrale. Alors qu’il va prendre les rênes de l’orchestre de l’opéra de Paris, s’affirme indéniablement comme un très grand talent.

La distribution était plutôt soignée avec en invité de luxe : , l’actuel Tristan de Bayreuth. Curieusement depuis ses représentations dans l’Auguste fespielhaus bavarois, le chanteur semble s’être acheté un kit de charisme. Certes, le timbre, n’est pas le plus séduisant, mais le chanteur mène bien sa barque avec intelligence et dramatisme et sa performance scénique en impose. Chanteur en troupe à Berlin, est certainement « le» Wolfram du moment. Sa prestation est absolument grandiose ! L’oreille est séduite par la beauté du timbre et la subtilité musicale, ce qui nous vaut un « Wie Todesahnung »-» O du, mein holder Abendstern » de l’acte III d’anthologie. Côté féminin, il faut saluer bien bas, l’incarnation de en Elisabeth : la voix, rayonnante, et la projection s’avèrent du meilleur effet. Solide routière des scènes allemandes, Michaella Schuster impose une Venus assez dominatrice. Certes, les moyens vocaux sont moins impressionnants que chez , mais là encore, l’expérience du rôle est un atout essentiel dans la réussite de cette représentation.

Le reste des chanteurs montre la haute qualité de la troupe avec un Landgrave imposant de majesté vocale. Le chœur, souvent sollicité, témoigne d’une cohésion et d’une variété de couleurs impressionnantes avec une sublime palette de nuances dans l’illustre chœur du retour des pèlerins.

En conclusion, une soirée de très haut vol où le public, très bigarré et déchaîné, fit un véritable triomphe aux artistes.

Crédit photographique : Staatsoper Unter den Linden/Berlin