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Tout sauf l’enfer…

Orphée aux Enfers

« Les dieux sont tombés sur la tête » titrait avec enthousiasme une de nos consœurs dans un quotidien local. Pour nous en effet, les Enfers de la mythologie orphique et « offenbachique » ont été… tout sauf un enfer ! C’était pourtant une séance en matinée, avec un public « de matinée ». Mais nous en avons reçu malgré tout une véritable bouffée de jouvence et d’entrain. Quel régal d’abord dans les chorégraphies, qui constituent un des « incontournables » d’Offenbach ! Que ce soit les évolutions coquines des quatre diables armés d’un tue-mouche, le « galop infernal », ou le menuet de Jupin-Louis XIV, tout portait à la jubilation… Et le plaisir était largement partagé, tant le final s’est prolongé sur scène avec tous les figurants, le chef n’étant pas le dernier à lever la jambe avec une belle allégresse ! Le second acte surtout (sujet oblige) était éblouissant, clinquant, rutilant de costumes dorés, de glin-glin… A donner dans la parodie, dans l’opéra-bouffe, dans le grand spectacle, autant y aller carrément ! Ce fut le cas, dans l’excès mais jamais dans l’exagération.

Inutile de revenir sur la genèse d’Orphée aux Enfers, largement connue. Inutile de rappeler le sujet, qui est imprimé dans l’imaginaire collectif. Disons seulement que le syncrétisme culturel d’Offenbach et son impertinente gaieté ont été très bien servis par cette production à la fois très actuelle et totalement intemporelle… L’assemblée des dieux, presque aristophanesque, baignait au Ier acte dans l’apathie conventionnelle, et donnait tout son éclat et son jaillissement au monde infernal mi-second-empire mi-XXe siècle du IIe acte. Il est vrai que le succès d’une telle œuvre tient largement aux effets de groupe voire de foule, et que les infortunes conjugales n’y apparaissent finalement que comme un épiphénomène ; quant à la bonne humeur communicative, elle peut évidemment entraîner à quelques « déraillements ». Soulignons néanmoins l’excellente tenue de au pupitre, l’allégresse perceptible de l’Olrap dans la fosse, et quelques belles prestations vocales féminines : (L’Opinion publique) en présentatrice d’une émission de télé-réalité (excellente idée de Claire Servais !) et la mutine en Eurydice.

Nous restera l’impression d’ensemble d’un spectacle dans lequel personne n’a boudé son plaisir.

Crédit photographique : © Ville d’Avignon