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Robert Carsen, poésie en vert et bleu pour Le Songe d’une Nuit d’Eté

Occupant l’entier de la scène un lit aux draps verts avec deux immenses oreillers blancs sur un fond de nuit bleue troué d’un quartier de lune, voilà l’univers imposé par dans cette production poétique du Songe d’une nuit d’été de , reprise à l’Opéra de Lyon quatorze ans après sa création sur cette même scène. Le livret shakespearien revu par et Peter Pears offre un chassé-croisé de méprises amoureuses sur fond de vengeance d’Obéron, le roi des fées, envers Titania qui a refusé de lui céder un jeune garçon de sa suite. Avec des décors et des costumes (Michael Levine) noyés dans une belle symphonie en vert et bleu, si la mise en scène de n’a pas pris une ride, on pressent parfois le manque de sa touche personnelle dans la réalisation d’. Trop occupée de ne pas trahir le texte scénique de son maître, elle tend à diriger ses acteurs sans tenir compte de leur personnalité artistique. On en perd alors certaines émotions, particulièrement dans les scènes burlesques des comédiens Bottom, Quince, Flute, Snug, Snout et Starveling.

Musicalement, le plateau vocal lyonnais est d’une grande qualité. À commencer par le contre-ténor (Obéron) qui campe un roi hautain et distant des préoccupations qui l’entourent. Vêtu d’une grande redingote vert pomme, les cheveux teints aux mêmes couleurs, il déambule avec une dignité superbement arrogante ne cherchant qu’à assouvir son désir de possession. Sa voix, actuellement l’une des plus abouties de ce registre, est émouvant de perfection. Sans aucune stridence, jamais nasale, les graves bien charpentés, il promène sa vocalité impeccable sur cette partition avec une aisance apparemment déconcertante. À ses côtés, la soprano (Titania) chante tout aussi admirablement même si elle ne parvient pas à dépasser sa technique vocale pourtant irréprochable. Son personnage théâtral souffre de ce manque d’abandon. La distribution des autres personnages est remarquablement équilibrée. Si aucun d’entre eux ne tire la couverture à soi, le baryton (Démétrius) confirme l’excellente impression laissée lors de Curlew River, cet autre opéra de récemment présenté dans le cadre du Festival Japon de l’Opéra de Lyon.

Dans le livret de Britten autant que dans la pièce de Shakespeare, le parallèle du monde des dieux, des artisans avec celui des amoureux, mêlant leurs intrigues dans le même théâtre rend le déroulement théâtral quelque peu confus. Si l’esprit des amoureux se mêle aisément au monde des fées, celui des artisans préparant une pièce pour être présentée à Thésée, duc d’Athènes (très noble Simon Kirkbride) et à sa fiancée Hippolyta (très belle ) s’intègre moins facilement dans l’unité du théâtre. Un monde caricatural totalement à part que la mise en scène de Carsen brosse néanmoins avec une très grande habileté.

Serviteur d’Obéron, Puck, s’avère être le personnage tenant toute l’intrigue entre ses mains. Rôle parlé, il est le trait d’union entre les mondes qui habitent l’opéra. Sautant, bondissant, courant, trébuchant, tombant, cabriolant sans cesse, Miltos Yerolemou (Puck) est habité par un comique irrésistible. Admirablement dirigé, il envahit le plateau de ses facéties les plus drôles, de ses culbutes les plus incroyables, de ces chutes les plus époustouflantes avec une énergie désarmante. Quel talent, quelle vie, quelle condition physique chez ce rondouillard sympathique !

Avec des orchestrations subtiles soulignant les ambiances qui décrivent la passion des amoureux, l’excitation des artisans ou la mélopée des dieux, la musique de Britten s’articule tour à tour autour d’accents baroques ou dans la tradition musicale romantique du XIXe siècle. Est-ce cette musique ciselée ou le spectacle charmant du ballet magnifiquement chorégraphié des fées, parfaits petits lutins vêtus d’un survêtement vert sous un frac noir, qui inspire la baguette de ? Reste qu’elle fait merveille en portant l’Orchestre de l’Opéra de Lyon aux bords de la dentelle orchestrale.

Crédit photographique : (Titania) & (Oberon) © Jean-Pierre Maurin