ResMusica - Musique classique et danse
- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Pour un coup d’essai …

La Belle Hélène

Après La Grande Duchesse de Gerolstein et Les Brigands, qui avaient obtenu un grand succès, voilà que Gérard Pisani, ex-danseur à l’opéra de Paris, puis acteur et metteur en scène, signe ici sa première Hélène. L’opérette, dit-il, est un genre noble, qui mérite le respect, et qu’il faut tirer vers le haut, vers le beau, vers l’universel. En plein accord avec le décorateur et le costumier, il s’est inspiré des toiles « grécisantes » d’un peintre anglais, Alma-Tadema, dans le goût d’un néo-classicisme très XIXe siècle.

Des drapés, des plissés : rien de révolutionnaire. Les deux premières apparitions du chœur nous ont même fait craindre une atmosphère très kitsch, avec des voiles redondants de volutes ou flashy dans la couleur, soulignés par les lumières sucrées de Michel Theuil, qu’on a connu plus inspiré. Mais la suite a heureusement glissé vers l’épure, tant dans la caresse des lueurs magiques que dans la fluidité des costumes.

De la mise en scène et de la chorégraphie, nous ne pouvons que souligner la malice et, parfois, le génie : l’arrivée des rois, « fracassante » selon Gérard Pisani, est un pur moment de jubilation ! Et tout brille de multiples clins d’œil, d’allusions savoureuses… La plage de Nauplie, sous les planches de Deauville, est un régal… Tout au long de la pièce, beaucoup d’esprit, beaucoup de vivacité, une giclée de gourmandise pour le public.

Le texte a été allègrement dépoussiéré et rajeuni. Le fameux jeu de l’oie, par exemple, rarement joué, tant le texte en est bavard et parfois inepte, Gérard Pisani en a fait une réussite de légèreté et de cocasserie, par la grâce de la seule musique… et d’un jeu de miroir surplombant du plus magique effet.

On en oublierait presque qu’il s’agit d’un spectacle lyrique, tant l’œil est sollicité et courtisé ! , qu’on a déjà applaudi récemment dans Orphée, imprime toujours à l’orchestre son sens du rythme et sa direction à la fois souple et précise, même si l’ouverture nous a semblé moins alerte qu’on aurait pu l’attendre.

Quant aux voix, seul , récent Nemorino (L’Elisir d’amore, de Donizetti) en ce même théâtre, a porté le spectacle sur ses épaules et dans sa voix, comme dans l’air « Au Mont Ida », où chacun a retenu son souffle. En Hélène, nous préférons une « vraie » soprano à une mezzo, fût-ce pour renouer avec la créatrice du rôle,  ; Patricia Fernandez, belle brune devenue ravissante blonde par la magie de la scène, excellente comédienne au demeurant, n’avait pas toujours la précision et les nuances du personnage – dont nous reconnaissons la complexité ; le duo « Oui c’est un rêve »du rêve avec Pâris était cependant d’une parfaite harmonie. Calchas, sans démériter pour autant, aurait pu être plus typé. Oreste, charmant mais pas impérissable. Quant aux rois, Agamemnon avait certes la stature du roi des rois, mais quel pitoyable contre-emploi de Jean-Marie Sevolker en Achille vieillissant et obtus !

Le metteur en scène souhaitait cette Belle Hélène « somptueuse, tonique, humoristique, frivole, un grand opéra-bouffe flirtant avec la comédie musicale » : il y a réussi, sauf pour le premier qualificatif : somptueuse elle l’eût été – si du moins les voix l’eussent été.

Crédit photographique : © Cédric Delestrade