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Melancholia de Georg Friedrich Haas, académisme dépressif

Présenté en collaboration avec le festival 2008, Melancholia de est aussi la création mondiale cru 2008 de l’Opéra National de Paris. Après Parsifal, Wozzeck, Il Prigioniero et Iphigénie en Tauride, nous continuons dans ces atmosphères dépressives expressionnistes avec l’histoire d’un curieux cas psychiatrique du XIXe siècle, le peintre norvégien . L’argument développé par le romancier Jon Fosse – qui a adapté la première partie de son œuvre Melancholia I – tient en peu de lignes : est confronté à trois réalités qu’il nie ou qu’il transforme au gré de sa folie. A l’acte I Lars, élève à l’Académie des Beaux-Arts de Düsseldorf avoue son amour pour Helene, la nièce de son propriétaire Herr Winckelmann. Ce dernier, outré – Helene n’a que quinze ans – chasse son locataire. L’acte II se déroule au Malkasten, café à la mode où se réfugient les étudiants. Alfred et Bodom, eux aussi aux Beaux-Arts, se moquent de lui et l’enivrent. Pris de folie, il confond la serveuse avec sa chère Helene. A l’acte III Lars retourne dans son ancien logis rejoindre Helene. Les Winckelmann restent insensible à ses déclarations d’amour sincère. Lars reste seul. Dans ces chassés-croisés de personnages, le vrai se mêle au faux : Helene est-elle vraiment amoureuse de Lars, ou est-ce la folie de Lars qui le pousse à imaginer ce scénario ? Toute l’histoire tient sur cette ambigüité.

Stanislas Nordey a opté pour un immobilisme presque total. Le décor (si on peut appeler le dispositif scénique ainsi) se réduit à trois murs gris agrémentés d’une immense toile blanche, symbole de la puissance (ou impuissance) créatrice de Lars Hertervig. Les déplacements sont d’une extrême lenteur et la mise en scène d’un extrême convenu prévisible : Lars est habillé de blanc quand tous sont vêtus d’habits anthracite, Helene a une robe blanche à l’acte I puis revêt la même couleur que les autres à la fin de l’acte III et pour signifier l’inadéquation du peintre dans cette société, le pan de mur du fond se lève vers l’arrière-scène nue de Garnier dans lequel va se perdre le héros… La musique de n’échappe pas à cet académisme grisâtre. Dans la lignée de Gérard Grisey et György Ligeti, il use et abuse des sons multiphoniques, des effets de saturations et autres harmoniques issues du spectre sonore. Au final, une harmonie terne, lassante, dans laquelle l’élément rythmique est souvent exclu. Le métier est indéniable, mais donne l’impression d’un Lontano (de Ligeti) étendu de 9 à 150 minutes, excluant tout effet de surprise sonore. Gageons que les œuvres de Haas présentées à , en général plus concises, sauront mieux convaincre le public.

L’interprétation vocale est en revanche excellente. L’écriture pour les voix est très lyrique, bien faite, souvent proche du récitatif, un peu à la manière de Wozzeck. est un excellent Lars, très en voix, et du plateau se détache particulièrement le contre-ténor . Emilio Pomarico défend cette partition avec bec et ongles grâce au , très à l’aise dans ce répertoire.

Crédit photographique : (Lars) & Annette Elster (Kellnerin) © B. Ulhlig / Opéra national de Paris